La COP30 sur le climat s’est tenue à Belém, porte d’entrée de l’Amazonie, au Brésil, du 10 au 21 novembre 2025. Elle se situe à mi-chemin d’une trajectoire très surveillée, 10 ans après l’Accord de Paris et 10 ans avant l’échéance de 2035, l’un des jalons des objectifs de décarbonation. Elle s’est conclue comme d’habitude par des prolongations sur le week-end et par un communiqué final décevant : comme l’a dit la ministre française Monique Barbut, la décision adoptée par consensus ne contient « rien d’inadmissible » et est « sans ambition ».
Est-ce simplement, une fois encore, la chorégraphie habituelle des indignations passagères et des communiqués finaux sans envergure ? Pas seulement, car on peut aussi y voir quatre bonnes nouvelles rarement évoquées, qui redéfinissent à bas bruit la trajectoire climatique du monde.
La méthodologie tient bon
Le réchauffement climatique mondial a atteint une température moyenne de plus 1,55 degré en 2024, dépassant ainsi pour la première fois le seuil fixé par l’Accord de Paris à plus 1,5 degré. Mais l’essentiel est ailleurs. On oublie un peu vite que bien avant d’être un simple accord multilatéral, l’Accord de Paris issu de la COP21 de 2015 posait une méthodologie exigeante, même si elle ne prévoit aucune sanction pour les pays qui refuseraient de jouer le jeu. Or, on aurait parfaitement pu imaginer que la COP30 sonne le signal d’un démantèlement général de cette méthode. Lorsque l’on constate la vitesse à laquelle l’administration de l’Union Européenne (UE) est en train de détricoter le Green Deal (Pacte vert) élaboré tout au long de la mandature précédente ou la vigueur avec laquelle l’administration Trump démantèle les législations environnementales aux États-Unis[1], on pouvait logiquement redouter qu’un backlash de même ampleur soit projeté sur la négociation multilatérale orchestrée par les COP.
La sortie des États-Unis de l’Accord de Paris, annoncée durant sa campagne électorale par Donald Trump et confirmée dès janvier 2025, le jour même de sa prise de fonction, aurait parfaitement pu ouvrir la porte de sortie à de nombreux pays sur le thème « puisque le deuxième pollueur de la planète s’en lave les mains, nous ne pouvons plus justifier vis-à-vis de notre opinion publique de continuer à participer à l’effort commun ». La décision américaine a plutôt provoqué une réprobation quasi-générale et n’a entraîné aucun mouvement de suivisme, même de la part de pays ouvertement opposés à la démarche onusienne, comme l’Argentine, qui s’est contentée de menacer de sortir sans joindre le geste à la parole.
La méthodologie des COP est basée sur la communication et l’actualisation par chaque pays de leurs engagements de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre[2]. Ainsi, les 195 pays signataires de l’Accord de Paris (2015) avaient jusqu’à septembre 2025 pour soumettre la réactualisation de leur contribution déterminée au niveau national (NDC, Nationally Determined Contribution ou CDN en français), autrement dit leur plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre, qu’ils doivent remettre à jour tous les 5 ans. Même si cette méthode a connu des accrocs, elle a tenu pour l’essentiel.

Ce n’était pas gagné et l’Union européenne, qui se présente comme le héraut de la démarche, n’a pas donné l’exemple. Ce n’est que le 5 novembre, bien après l’échéance et moins d’une semaine avant l’ouverture de la COP30, qu’elle a arraché un accord sur son objectif climatique 2040. Un accord scellé in extremis et dans la douleur, au prix d’une série de concessions pour rallier les États réticents, notamment l’Italie, la Pologne et la Hongrie. Pour tenir son engagement de neutralité carbone en 2050, l’UE affiche toujours sur le papier son objectif ambitieux de réduire de 90% ses émissions de gaz à effet de serre en 2040 par rapport à 1990 – elle en était à moins 37 % en 2023 –, et confirme une fourchette de -66,25% à -72,5% pour 2035, par rapport à 1990.
La borne haute de cette fourchette est effectivement en ligne avec l’objectif de neutralité carbone mais la borne basse entérinerait une réduction des efforts actuels, réduction qui n’est donc pas à exclure. Par ailleurs, les âpres négociations, tout au long de la nuit à Bruxelles, ont entaillé cet objectif de façade. Afin de convaincre l’Italie de Giorgia Meloni, l’un des États les plus réticents, les Vingt-sept ont approuvé une souplesse beaucoup plus importante que ce que souhaitait la Commission européenne au départ. Pour atteindre cette baisse de 90 % à horizon 2040, les Européens pourront acquérir 5 % de crédits carbone internationaux qui financeraient des projets en dehors de l’Europe, un dispositif très critiqué par les organisations environnementales. Les États membres ont aussi approuvé une clause de révision tous les deux ans de la loi climat, qui permettrait d’ajuster l’objectif s’il s’avérait trop difficile à atteindre.
Même si les ambitions ne sont plus ce qu’elles étaient, le retrait des Etats-Unis n’a pas cassé la mécanique de cette méthodologie. Quelques jours avant l’ouverture de la COP30, dans un entretien au Figaro du 6 novembre 2025, Laurent Fabius qui fut président de la COP21 à Paris explique : « Le retrait du gouvernement fédéral des Etats-Unis de l’Accord de Paris ne signifie pas qu’il faille tirer un trait sur tous les États-Unis : participeront à la COP, des gouverneurs d’états américains, des maires, des entreprises qui restent pleinement engagés ». Il se passe en 2025 le même phénomène que lors de la première sortie de l’Accord par les Américains au début du premier mandat de Donald Trump : beaucoup de grandes municipalités, d’entreprises et d’associations poursuivent leur engagement en proclamant : « We are still in » (voir : « Développement durable, croissance et emploi : pourquoi Trump se trompe »).
Aux Etats-Unis, l’Alliance climatique, une coalition bipartite de 24 gouverneurs représentant près de 60% de l’économie américaine et 55% de la population américaine, entend poursuivre ses efforts. « Nos États et territoires continuent de disposer d’une large autorité en vertu de la Constitution américaine pour protéger nos progrès et faire progresser les solutions climatiques dont nous avons besoin. Cela ne bouge pas malgré un changement dans l’administration fédérale », ont tenu à rappeler ses deux co-présidentes dans une lettre envoyée à l’ONU Climat, message également transmis à la présidence de la COP30[3].
Les entreprises sont désormais convoquées
Dix ans après la COP21, qui avait réussi à embarquer 195 pays dans l’Accord de Paris, la COP30 n’a réuni qu’une soixantaine de chef d’État et de gouvernement, soit la moitié d’il y a 2 ans. Cela témoigne de l’érosion du soutien par les décideurs politiques. Mais l’essentiel n’est pas là car l’enjeu aujourd’hui est d’embarquer les entreprises. Il y a 10 ans, à l’occasion de la COP21, j’avais écrit dans Metis Europe un article intitulé « Conférences pour le climat : Mais où sont donc passées les entreprises ? »[4]. J’expliquais que les chances de succès de la COP 21 étaient obérées par le fait que les entreprises n’étaient pas présentes dans le processus de détermination des engagements (voir également : « 2015, année RSE ? », 6 janvier 2015). Je n’ai pas changé d’avis : un accord qui repose sur les objectifs que s’assignent les Etats en ignorant les capacités des entreprises reste fragile et incantatoire.

Le sujet chemine et progresse. Belém a été présentée par la présidence brésilienne comme une COP de la mise en œuvre, à l’inverse des COP précédentes centrées sur les engagements. Pour la première fois, les entreprises ont été explicitement appelées à jouer un rôle central pour traduire les promesses en actions concrètes. Le président de la COP30, André Corrêa do Lago, a d’ailleurs déclaré vouloir « harmoniser les efforts des entreprises, de la société civile et de tous les niveaux de gouvernement », affirmant être « pleinement convaincu que nous devons impliquer de plus en plus ceux qui sont les véritables acteurs de la mise en œuvre des décisions prises ».
Pour ce faire, la présidence brésilienne de la COP30 s’est appuyée sur l’Agenda de l’action, lancé en 2014, qui regroupe les initiatives climatiques volontaires émanant des acteurs non-étatiques : entreprises, investisseurs, collectivités locales, société civile. Businesses for land, Nature4climate, Initiative 4/1000… les initiatives se sont empilées au fil des années, sans qu’aucun suivi des actions et des impacts n’ait été mis en place de façon formelle. Pour la présidence de la COP30, il s’agit donc de faire de cet agenda un réel instrument de mise en œuvre des décisions prises pendant les COP[5].
Pourquoi les Etats seraient-ils tenus seuls responsables au travers des NDC qu’ils fournissent ? Pourquoi les entreprises, qui disposent des marges de manœuvre pour agir, n’auraient-elles pas elles aussi des engagements concrets à prendre, eux aussi périodiquement révisés ? Le succès de cette nouvelle approche reste à confirmer mais l’orientation me semble juste.
Où en sommes-nous aujourd’hui ? L’objectif officiellement affirmé de l’Accord de Paris était de maintenir « l’augmentation de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2 degrés au-dessus des niveaux pré industriels » et de « poursuivre les efforts pour limiter l’augmentation de la température à 1,5 degrés ». Or, en juin 2025, les scientifiques ont déclaré que ce seuil de 1,5 degrés allait inévitablement et rapidement être dépassé. Laurent Fabius, qui a présidé la COP 21, précisait dans un entretien au quotidien Libération du 27 septembre 2025 que la tendance pour la fin de siècle se situait à plus 4 degrés avant les accords de Paris, évolution ramenée à 3 degrés, qui reste trop élevée.
Il souligne un paradoxe : c’est au moment où il faudrait redoubler de vigueur pour atteindre les objectifs que le backlash provoque un mouvement contraire, « alors que chaque dixième de degré gagné représente des millions de vie sauvées ». Selon lui, le backlash est alimenté par les conflits internationaux et les rivalités entre États, par la difficulté de mettre en place les mesures nécessaires en tenant compte de leur impact social, ce que l’on appelle « la transition juste » et enfin par la difficulté d’imposer l’intérêt général à des puissants intérêts particuliers et des forces politiques qui préfèrent l’immobilisme[6]. À ce titre, Laurent Fabius explique que « le climato-scepticisme se double d’un climato-attentisme ».
Cet attentisme s’est confirmé. Moins d’un tiers des pays avaient rendu leur feuille de route avant la date butoir fixé par l’ONU à fin septembre. Selon le rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) publié le 4 novembre 2025, les plans climatiques des pays faisant partie de l’Accord de Paris nous conduisent, s’ils sont exécutés conformément à leurs objectifs, à un réchauffement moyen de 2,3 à 2,5 degrés d’ici la fin du siècle, un niveau bien supérieur aux limites de 1,5 ou 2 degrés fixées par l’Accord de Paris. Ces plans conduiraient à une réduction de 12 % à 15 % des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2035 par rapport à 2019, alors que pour respecter les limites de l’Accord de Paris il faudrait obtenir une réduction beaucoup plus forte, de 35 à 55 % respectivement pour s’aligner sur les limites de 2 degrés et 1,5 degré.
Au début de la COP30 en novembre, l’ONU a mis à jour son rapport de synthèse avec les nouvelles contributions (NDC) reçues, dont celle de l’UE. Au total, ce rapport analyse désormais les NDC de 113 parties, qui représentent 69% du total des émissions de la planète. Cela donne donc une indication fiable de la tendance globale. Et elles indiquent une baisse globale des émissions de 12% environ d’ici 2035 par rapport aux émissions calculées en 2019. Là où la science (le GIEC) demande d’atteindre 57% au moins d’ici 2035 ! On reste donc loin du compte, sur une trajectoire totalement incompatible avec l’Accord de Paris. Et cela suppose que ces feuilles de route soient strictement appliquées, ce qui relève d’un certain optimisme.
Selon la décision finale de la COP30, seules 122 parties ont publié un nouveau plan climat à la clôture de la conférence, sur les 195 parties à l’Accord de Paris. Manquent toujours celles de l’Inde, l’Arabie Saoudite ou l’Argentine… Cela mène le monde vers un réchauffement allant jusqu’à 2,8 °C d’ici à la fin du siècle.
Il ne nous reste que très peu de temps pour limiter le réchauffement à +1,5°C : 6 ans, c’est le délai avant d’avoir épuisé notre budget carbone, d’après le Global Carbon Project (2024). En ouverture de la COP30, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a acté l’échec de la communauté internationale à limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à la période préindustrielle, l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris de 2015, évoquant une « faillite morale ». L’ONU a basculé sur un message réaliste : les pays doivent faire en sorte que ce dépassement soit le plus court possible. Mais il faudra encore 50 ou 70 ans pour revenir à 1,5 °C, dit à l’AFP Johan Rockström, directeur de l’Institut de recherche sur le climat de Potsdam.
L’implications plus forte des entreprises a permis de faire avancer des coalitions sur la décarbonation, l’adaptation et le financement climatique, notamment dans les secteurs de l’énergie, de la finance et de la technologie. Mais on a vu aussi que la forte présence des entreprises dans certains secteurs, notamment les énergies fossiles et l’agroalimentaire, a pesé sur les négociations, contribuant à l’absence d’engagement réels sur la fin des combustibles fossiles et sur la déforestation.
Il faut continuer avec opiniâtreté à mesurer le distance entre les objectifs fixés par les COP et les capacités des entreprises à y répondre par des engagements et des investissements à la hauteur (voir : « Climat : les entreprises au seuil de leur transformation environnementale »).
Les bénéfices de l’Accord de Paris sont déjà perceptibles
Les chefs d’État et de gouvernement présents à Belém le 6 novembre pour l’ouverture de la COP30 ont admis leur échec à limiter le réchauffement climatique comme espéré et ont dénoncé la désinformation au sujet de la science climatique. « La fenêtre d’opportunité » pour agir « se ferme rapidement », a mis en garde le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, en ouverture du sommet avant la conférence sur le climat de l’ONU. Il a par ailleurs dénoncé les « mensonges » de « forces extrémistes » qui favorisent « la dégradation de l’environnement ».

Malgré ce constat d’échec, on sait désormais que l’Accord de Paris a effectivement permis d’infléchir les comportements. Dans une analyse publiée le 16 octobre 2025, le World Weather Attribution (WWA), un réseau scientifique, qui étudie les effets du changement climatique sur les événements météorologiques extrêmes, et l’organisation Climate Central reviennent sur l’impact qu’a eu l’Accord de Paris de décembre 2015 sur la trajectoire de réchauffement de la planète[7]. En 2015, le monde s’était déjà réchauffé d’environ 1 °C par rapport à l’ère préindustrielle et le monde se dirigeait vers un réchauffement de + 4 °C d’ici 2100. Dix ans après, le réchauffement moyen mondial atteint 1,35 °C et il devrait grimper jusqu’à 2,6 °C d’ici à 2100, si les engagements de réduction des émissions pris dans le cadre de l’Accord de Paris sont pleinement respectés, rappellent les auteurs de l’analyse… sachant que pour l’heure, les efforts engagés nous conduisent plutôt vers un réchauffement d’environ 3,1 °C selon l’ONU.
Les chercheurs du WWA se sont plus précisément penchés sur l’impact de l’accord sur les risques liés aux chaleurs extrêmes, en prenant comme référence les 10 % des journées les plus chaudes dans les pays du monde entier entre 1991 et 2020. Ils ont comparé le nombre de jours dépassant ce seuil à un scénario sans changement climatique, puis ont mesuré grâce à la modélisation climatique l’évolution du nombre de jours d’extrême chaleur en fonction des trajectoires de réchauffement. Ils constatent d’abord que, depuis 2015, une augmentation de plus de 0,3 °C a entraîné 11 jours de chaleur extrême supplémentaires dans le monde. Dans dix pays, ce 0,3 °C de plus s’est traduit par une augmentation d’au moins 30 jours de chaleur chaque année. Et la moitié des pays du monde ont connu en moyenne au moins 10 jours de chaleur en plus par an.
Mais dans un monde sans Accord de Paris, à 4 °C, ce serait bien pire, assurent les scientifiques. Les pays du monde entier connaîtraient en moyenne 114 jours de chaleur supplémentaires par an par rapport à aujourd’hui. En revanche, s’ils respectent leurs plans climat et maintiennent le réchauffement à 2,6 °C d’ici à la fin du siècle, ce nombre passerait à 57 jours de plus en moyenne.
Pour l’Europe du Sud, des vagues de chaleur aussi intenses qu’à l’été 2023 sont désormais 70 % plus probables et 0,6 °C plus chaudes qu’il y a dix ans. Pratiquement impossibles dans le climat préindustriel, elles pourraient se produire chaque année dans un monde à + 4 °C. Or ces canicules augmentent « fortement les risques de mortalité, en particulier chez les personnes âgées, les travailleurs en extérieur et les personnes vivant dans des conditions de logement précaires », notent les auteurs de l’analyse. Ils rappellent que « la chaleur est le type de climat le plus meurtrier » et que « les décès liés à la chaleur chez les personnes âgées de plus de 65 ans ont augmenté de 167 % depuis les années 1990 ».
L’Accord de Paris change déjà le climat. Même si l’urgence demeure, la trajectoire mondiale est infléchie : moins de chaos, moins d’extrêmes.
Les fossiles craquent ; la transition juste s’impose dans la douleur
Au final, les énergies fossiles ne sont pas mentionnées dans le texte final de la COP30, mais il fait référence à un article de la déclaration de Dubaï qui lui les mentionne. On aboutit donc à un résultat plus hypocrite que satisfaisant… comme lors des COP précédentes puisqu’à l’issue de la COP29, l’Union européenne avait déjà échoué à voir réaffirmé l’accord arraché à la fin de la COP précédente en 2023 (Dubaï), qui évoquait la « transition hors des énergies fossiles ».

La pression des quelque 1.600 lobbyistes des énergies fossiles présents à la COP30, selon le décompte de la coalition Kick Big Polluters Out[8] y est pour beaucoup. Là encore, peu de changements : 1773 lobbyistes représentant le secteur des énergies fossiles étaient accrédités à la COP29, selon la même coalition. A titre de comparaison, on y comptait 65.000 délégués des Etats.
De façon assez inattendue, plus de 80 pays ont poussé lors de la COP30 pour qu’une feuille de route précisant une sortie des énergies fossiles soit adoptée dans la décision finale de la COP, en s’appuyant sur l’accord conclu il y a deux ans à la COP28 de Dubaï. Le sujet a été mis à l’ordre du jour des négociations officielles. Finalement, une trentaine de pays ont écrit le 20 novembre à la présidence brésilienne de la conférence pour lui demander de revoir sa copie et d’inclure une feuille de route pour la sortie des énergies fossiles. Mais sans surprise, la Chine, l’Inde, l’Arabie saoudite, le Nigeria et la Russie y ont opposé une fin de non-recevoir.
Malgré cet échec, les craquements de la vieille économie carbonée sont de plus en plus visibles et la notion de transition juste, qui combine les progrès climatiques et la justice sociale, a continué à s’imposer progressivement. Comme l’a écrit Laurence Tubiana, directrice de la Fondation européenne pour le climat sur LinkedIn le 23 novembre, « la discussion sur la manière de dépasser les combustibles fossiles a commencé et reviendra à chaque COP. La résistance obstinée de quelques-uns ne ralentira pas la montée des énergies propres ni ne dissuadera les nombreux pays engagés dans une transition juste et ordonnée ».
La COP30 a adopté le Belém Package, qui inclut un mécanisme pour la transition juste, mettant l’équité et les populations au centre des politiques climatiques. Le Belém Action Mechanism (BAM), proposé par la société civile, vise à créer une entité permanente pour partager les meilleures pratiques, mobiliser des financements (y compris privés) et coordonner les plans climat afin qu’ils intègrent mieux la transition juste.
Qui prendra le leadership de cette transition ? Paradoxalement, la Chine, qui est devenue de loin le premier émetteur de gaz à effet de serre et représente à elle seule un tiers des émissions mondiales, est en train de s’imposer comme le leader de la transition écologique. Année après année, elle installe tous les 12 mois une capacité de production d’énergie solaire et éolienne supérieure à celle de tous les autres pays du monde réunis. Elle avance plus vite que ses propres projections. En 2024, elle a atteint ses objectifs de capacité solaire et éolienne installée 6 ans avant sa cible de 2030.
François Gemenne, professeur à HEC Paris et membre du GIEC, faisait remarquer en mai que les émissions de la Chine ont baissé de 1,6% au premier trimestre 2025, et ont baissé de 1% sur les 12 derniers mois, évolution largement due à la croissance des énergies décarbonées, qui dépasse pour la première fois celle de la demande en énergie. « Et pour la première fois aussi, la croissance des énergies décarbonées a entraîné un déclin des énergies fossiles, et les énergies décarbonées ne se sont pas simplement ajoutées aux énergies fossiles, ce qui montre que la transition est possible ».
Contrairement à l’UE, la Chine a tenu les échéances pour communiquer ses NDC. Le 24 septembre, lors du sommet sur le climat organisé en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, le président Xi Jinping les a dévoilés : « La transition verte et bas-carbone est la tendance de notre temps », a-t-il déclaré, prenant le contrepied de l’administration Trump. La Chine a donc non seulement tenu les délais mais elle a aussi pour la première fois adopté des objectifs concrets qui couvrent tous les gaz à effet de serre. Jusqu’ici engagée à atteindre son pic d’émissions d’ici 2030, ce qu’elle devrait faire dès cette année, elle vise désormais une réduction nette de ses émissions de gaz à effet de serre de 7 à 10% d’ici 2035.
Bien que n’éprouvant aucune sympathie pour cette forme de capitalisme d’Etat, force est de reconnaître l’efficacité de la stratégie chinoise. Selon un rapport publié début septembre par le think tank Ember, la Chine représente la moitié des installations mondiales de panneaux solaires, 60% des ventes de véhicules électriques et les deux tiers de la croissance mondiale de la demande d’électricité depuis 2019. En 2024, elle produisait quatre modules solaires et cellules de batterie sur cinq dans le monde, plus des deux tiers des véhicules électriques, plus de la moitié des pompes à chaleur mondiales et raffinait en moyenne sept minéraux essentiels à la transition sur dix.
Dans un article consacré au rôle de la Chine dans la transition, Novethic cite Emmanuel Hache, économiste et prospectiviste à l’IFPEN (IFP Énergies nouvelles) : « Il y a fort à parier que la Chine va faire du forcing pour que la COP30 de Belém soit une réussite afin de montrer qu’on peut y arriver même sans les Etats-Unis »[9]. C’est ce qui s’est passé. Li Gao, chef de la délégation chinoise à la COP30 s’est félicité du projet d’accord finalisé. « Nous avons accompli ce succès dans une situation très difficile, et cela montre donc que la communauté internationale veut faire preuve de solidarité et réalise des efforts communs pour répondre au changement climatique », a-t-il souligné[10].
L’Union européenne doit maintenant se ressaisir et s’interroger sur son propre positionnement, entre les Etats-Unis ouvertement climatosceptiques et la Chine qui se pose en leader climatique. Elle est arrivée à la COP30 en venant tout juste d’adopter sa NDC à horizon 2035 et son objectif de réduction d’émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2040. Elle a ainsi manqué plusieurs délais clés qui lui auraient permis d’affirmer son leadership climat. L’UE se berce toujours de l’illusion d’être dans le peloton de tête de la décarbonation, mais elle est engluée dans ses infrastructures de l’économie carbonée, si bien que la transition se passe ailleurs. Au Vietnam 4 voitures neuves vendues sur 10 sont électriques.
Conclusion (provisoire)
Ces quatre bonnes surprises sont de l’ordre de ce que le philosophe et sinologue François Jullien appelle des « transformations silencieuses »[11]. Elles désignent ces changements continus, silencieux, souterrains, invisibles, ininterrompus, qui passent inaperçus pour nous car ils sont lents mais surtout uniformes : rien ne se démarque, donc rien ne se remarque. Mais ils posent sur le monde leur empreinte plus profondément que les événements éphémères issus des crises, que François Jullien appelle des « affleurements sonores ».
Ces avancées montrent que sous l’apparente inertie des COP, des déplacements profonds s’opèrent, porteurs d’une transition lente mais irréversible. Elles redessinent discrètement la trajectoire climatique du monde. Nietzsche disait que les vraies révolutions avancent sur les pas des colombes. On ne les entend pas.
Martin RICHER, consultant en Responsabilité sociale des entreprises, fondateur de
Management & RSE
#COP30 #Climat #TransformationDurable #TransitionEcologique
#DeveloppementDurable #RéchauffementClimatique
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[1] Depuis janvier 2025, l’administration Trump a pris ou proposé au moins 350 mesures menaçant directement l’environnement, le climat ou la santé humaine, selon les calculs du Natural Resources Defense Council.
[2] Accord de Paris, article 4, paragraphe 2
[3] « Les réactions au retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris, entre colère et espoir », Novethic, 21 janvier 2025
[4] « Conférences pour le climat : Mais où sont donc passées les entreprises ? », Metis, 7 Décembre 2015
Conférences pour le climat : Mais où sont donc passées les entreprises ?
[5] « A la COP30, le Brésil veut mettre les entreprises au cœur des “COP de la mise en œuvre” », Novethic, 10 novembre 2025
[6] Voir « La RSE est un sport de combat : la vigueur du backlash »
[7] « L’accord de Paris à bien fait baisser les risques de canicule », Le Figaro, 18 octobre 2025, p. 12
[8] KBPO, littéralement « Virez les gros pollueurs ».
[9] « La Chine peut-elle sauver l’Accord de Paris ? », Novethic, 29 septembre 2025. Emmanuel Hache est l’auteur de « La Chine, nouveau laboratoire écologique mondial ? ».
[10] Marie Bellan, « ‘Ce n’est pas une COP de la vérité’ : à Belém, Français et Européens acceptent un accord à contrecœur », Les Echos, 22 novembre 2025
[11] François Jullien, « Les transformations silencieuses », Grasset, 2009


