L’entreprise en 2019 : la disruption ou la détestation !

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Les attentes qui s’exercent vis-à-vis de l’entreprise sont grandes,
démesurées peut-être.

Mise à jour : 7 avril 2019  ]  J’entame une collaboration régulière avec l’hebdomadaire Entreprise & Carrières. Vous trouverez ci-après ma première chronique[1]. Si vous souhaitez recevoir les suivantes, il vous suffit de vous abonner à mon blog (voir sur la droite de cet écran : « Abonnez-vous à la newsletter »). Bonne lecture.

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Les attentes qui s’exercent vis-à-vis de l’entreprise sont grandes, démesurées peut-être. Le politique ouvre les grilles et les dorures du château de Versailles en espérant emplois, technologies, ressources fiscales. Les citoyens attendent un job rémunérateur, plaisant et stable, pour eux et pour leurs enfants… alors que l’âge du premier CDI atteint désormais 28 ans (contre 22 ans en 2001) et se confond presque avec l’âge du premier enfant (28,5 ans).

Face à ces attentes, la réalité de l’entreprise est amère. Elle fait face à une crise de défiance sans précédent, qui met en cause sa légitimité, nourrit le ressentiment social et alimente la contestation parfois violente de notre système économique, comme en témoignent ces trois constats que j’extrais du 10ème Baromètre de la confiance du Cevipof, publié le 16 janvier 2019[2].

  • L’indice de confiance des Français envers les grandes entreprises privées est tombé à 36%, perdant encore 4 points cette année pour atteindre son plus bas niveau depuis 2011. Envers les banques, il n’est que de 27%, son plus bas niveau depuis 2013.
  • Presque trois quarts des Français (72% ; en progression de 2 points par rapport à l’année précédente) sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle « l’économie actuelle profite aux patrons aux dépens de ceux qui travaillent», ce qui illustre la vigueur de notre modèle social de confrontation.
  • En conséquence, une proportion record de Français pensent que le système capitaliste doit être réformé en profondeur (49% contre 40% en 2009). A ces 49%, s’ajoutent 41% qui estiment qu’il doit être « réformé sur quelques points ». Seuls 6% se contentent d’un statu quo.

Essayons, sans nous en laisser compter ni conter, de mieux comprendre les origines de ce divorce entre les citoyens et l’entreprise. Toutes les communautés de travail ne sont pas soumises à la même défiance. Savez-vous qu’elle est l’organisation qui emporte le meilleur « score de confiance » avec 78% ? C’est une organisation dans laquelle la souffrance au travail se manifeste fortement: l’hôpital. Deux organisations très hiérarchisées viennent ensuite, l’armée et la police avec chacune 74% de confiance. Malgré les critiques qui lui sont adressées, entre blues des professeurs et funestes classements PISA, les Français placent une grande confiance (69%) dans l’école. Même une organisation aussi bureaucratique et calamiteuse que la Sécurité sociale emporte un score de 65% !

Quel est le point commun entre ces organisations qui sont les chouchous de nos concitoyens? Elles sont toutes des institutions publiques, qui portent des valeurs fortes (l’engagement, le dévouement, l’attention aux autres) et démontrent le sens de l’intérêt général[3]. Elles incarnent les préoccupations premières des Français, la santé, la protection, le soin, la connaissance, la sécurité.

Les associations et surtout des PME se placent tout en haut de la liste des préférences avec 78% de confiance.

Est-ce à dire que le divorce est consommé ? Non, car deux autres organisations font elles aussi partie de ce « carré magique » de celles qui dépassent 60% de confiance. Il s’agit des associations (63%) et surtout des PME, qui se placent tout en haut de la liste des préférences avec 78%. On peut en déduire que deux valeurs sont appréciées des Français :

  • le sens de l’intérêt général, incarné par les institutions mentionnées précédemment comme par les associations
  • le dynamisme entrepreneurial et l’ancrage territorial pratiqués par les PME.

Pour éviter de sombrer dans l’aversion, les grandes entreprises doivent se saisir de ces deux valeurs. C’est le moment : le rapport Notat-Senard et la loi PACTE les incitent à intégrer les enjeux sociétaux et environnementaux pour définir leur raison d’être[4] ; le management agile, l’intrapreneuriat[5], les partenariats avec les start-up et les organisations ‘responsabilisantes’[6] sont à leurs portes… C’est à l’entreprise de choisir : la disruption ou la détestation.

Martin RICHER, consultant en Responsabilité sociale des entreprises,

Management & RSE

Pour aller plus loin :

Lisez cette chronique (Entreprise & Carrières, Numéro 1419 du 11 février 2019) en format PDF

Consultez le site de Entreprise & Carrières

Lisez mon article publié par « Personnel », la publication de l’ANDRH : « Transformation des finalités de l’entreprise : la DRH en première ligne »

Crédit image : « Caritas », par Friedrich von Amerling (1803–1887), peintre de la cour de François-Joseph Ier d’Autriche de 1835 à 1880

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[1] Publiée dans le Numéro 1419 du 11 février 2019

[2] Le Cevipof (Centre d’étude de la vie politique française) est un organisme de recherche attaché à Sciences-Po et au CNRS. Voir « Une colère qui vient de loin ; 10ème Baromètre de la confiance politique du Cevipof », 16 janvier 2019. Ce baromètre permet d’analyser les évolutions sur longue période, depuis 2009.

[3] Voir « Ré-encastrer l’Entreprise dans la Cité : une analyse du rapport Notat-Senard » https://management-rse.com/2018/10/29/re-encastrer-lentreprise-dans-la-cite-une-analyse-du-rapport-notat-senard/

[4] Voir « La raison d’être : un objet managérial disruptif » https://management-rse.com/2018/07/17/la-raison-detre-un-objet-managerial-disruptif/ Cet article a été écrit avant que le Sénat, par un retournement de situation inattendu au début février 2019, ne repousse l’article 61 de la loi PACTE, qui inclut l’intérêt social, la prise en considération les enjeux sociaux et environnementaux, la Raison d’être et les Entreprises à mission. La majorité de l’Assemblée nationale, qui aura le dernier mot, a fait part de son intention de rétablir cet article en l’état. [Mise à jour : … ce qui fut fait lors de la séance du samedi 16 mars 2019 en troisième lecture].

[5] Voir « L’intrapreneuriat : répondre à la crise de l’entreprise » https://management-rse.com/2016/01/25/lintrapreneuriat-repondre-a-la-crise-de-lentreprise/

[6] Voir « Le défi de l’autonomie : ce n’est pas l’entreprise qu’il faut libérer mais le travail » https://management-rse.com/2016/07/07/defi-de-lautonomie-nest-lentreprise-quil-faut-liberer-travail/

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4 réponses

  1. Merci Martin de cette rubrique.
    A l’Atelier Du Dirigeant Durable (A3D) nous partageons vos idées. Nous pensons qu’il est encore possible de réconcilier durablement Économique et l’Humain et que la société ne pourra s’en sortir qu’en allant vers une Capitalisme Socialement Responsable. Pour l’instant, la société (et les DRH) essaient de répondre ponctuellement aux maux engendrés (du coaching pour les RPS, des crèches et de la Gym pour le stress, des indicateurs pour la QVT…). Il faudrait se poser la question (puisque nous sommes en période de débat national) : que faut-il changer radicalement et durablement pour en finir avec les RPS? Le rapport Notat-Senard est une véritable avancée. Mais qu’en restera-t-il dans la loi Pacte.
    Nous développerons ce thème lors d’une communication au Colloque de l’ADERSE à Aix fin mars.
    Et peut-être le plaisir de vous y voir.
    Très cordialement,
    Gérard DESMAISON
    Président de l’Atelier Du Dirigeant Durable
    http://atelierdudirigeantdurable.org/

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