Pas grand-chose, est-on tenté de répondre, tant les prises de position publiques de François Bayrou sur le sujet du travail et de l’entreprise sont rares. Pourtant, avant de s’imposer comme Premier ministre en décembre 2024, il s’est beaucoup investi dans un rapport du Plan sur « la grande transformation du travail » lorsqu’il était Haut-commissaire au Plan. Ce rapport donne des indications sur ce que François Bayrou pense (vraiment) du travail et de l’entreprise, ce qui éclaire les difficultés auxquelles il se trouve confronté aujourd’hui.
Ce qui frappe au premier abord, de la part de François Bayrou, c’est la rareté de prises de position connues et partagées sur le travail et l’entreprise. Que pense-t-il des mutations du travail, de l’évolution de sa place dans la société, du débat sur les finalités de l’entreprise ? Mes recherches dans les bases de données sont restées pour beaucoup infructueuses.
Il a pourtant un rapport charnel et personnel avec la dureté du travail : son père, agriculteur, s’est tué lors d’un accident du travail en tombant de sa charrette de foin en 1974. Même sur les aspects les plus politiques du travail et de l’emploi, ses déclarations publiques sont très rares, à l’exception de quelques commentaires convenus sur les effets de la réduction du temps de travail, le niveau du SMIC, les retraites et la perte de centralité du travail dans la société.
Cette quasi-vacuité est très étonnante venant d’un homme politique chevronné, qui n’ignore sans doute pas que les réussites en politique se forgent notamment par la capacité à articuler une vision sur le travail des Français (voir : « Le travail et l’entreprise, passagers clandestins des campagnes présidentielles »). C’est donc d’abord sur cette vacuité qu’il convient de s’interroger.
Une quasi-vacuité qui interpelle
En fait, cette quasi-vacuité ne concerne pas seulement le travail. François Bayrou est loquace sur les sujets touchant à la situation politique ou aux questions institutionnelles (ex : la proportionnelle ; le cumul des mandats auquel il s’est très longtemps opposé avant de s’y rallier dans la période récente) mais s’exprime peu sur les sujets économiques, financiers et de société (à l’exception de la désindustrialisation, de l’endettement et des déficits publics). C’est sur le sujet de l’endettement qu’il s’est focalisé depuis les prémices de la préparation de la loi de finance pour 2026, en juin 2025, comme si ce sujet pouvait à lui seul constituer un projet pour la France.
Ce qui manque chez François Bayrou, ce n’est certes pas l’expérience, très conséquente chez l’homme aux trois candidatures élyséennes et aux 40 ans de vie politique. En revanche, la substance… Le premier Conseil des ministres du gouvernement Bayrou s’est d’ailleurs tenu le 3 janvier 2025 avec un ordre du jour « pas très épais », au dire même de Sophie Primas, porte-parole du gouvernement lors de son traditionnel point presse à l’issue du conseil des ministres, alors même que le projet de loi sur la reconstruction de Mayotte était repoussé et que le gouvernement restait à l’époque particulièrement flou sur ses objectifs budgétaires.
Dix jours plus tard, son discours de politique générale (14 janvier 2025) a confirmé que le travail ne figure décidément pas parmi les ingrédients de la sauce béarnaise. Dans ce discours d’une heure et demie, le mot « retraites » a été prononcé 12 fois mais le mot « jeune » une seule fois – en contrepoint d’une « bayroutade » (qui prend la suite des fameuses raffarinades) selon laquelle « les enfants ne sont pas comme les poireaux, ils ne poussent pas tous à la même vitesse ». Merci, monsieur le Premier ministre ! Quelques mois plus tard, François Bayrou est interpellé sur le travail dans un entretien au Parisien Dimanche du 6 avril 2025 par la question : « vous et vos ministres martelez le mot « travail ». À quoi pensez-vous ? ». Il répond complètement à côté, par l’obligation de voir la réalité en face.
Un homme politique peut-il apporter une forte valeur ajoutée par son expérience politique sans posséder par ailleurs de fortes convictions et compétences sur les sujets de fonds qui touchent à la vie quotidienne des Français ? L’avenir le dira… assez vite maintenant.
Par ailleurs, le 4ème Premier ministre de l’année 2024, année qui a laissé la France sans gouvernement au complet durant près de 110 jours, a-t-il l’envie (et la possibilité) de transformer le travail et l’emploi ? Depuis le deuxième mandat d’Emmanuel Macron, la durée de vie moyenne pour les Premiers ministres est de 10 mois, contre 32 depuis 1958.
Le rapport de François Bayrou au travail se reflète aussi dans l’importance qu’il prête au « faire ». « Je ne suis pas énarque. Je ne suis pas parisien. Je refuse les éléments de langage, la com’. Les Français veulent de l’authenticité », dit-il lors d’un entretien[1]. À peine nommé Premier ministre, il reçoit les journalistes de La Tribune Dimanche pour une interview publiée le 15 décembre 2024 : « Ma vocation première c’est d’être bâtisseur ou à défaut réparateur. Je n’aime rien de plus dans la vie que de faire revivre des bâtiments, des machines, que tout le monde considérait comme perdus. Jaime réparer ». Il justifie cette appétence par ce qu’il a fait dans sa ville de Pau, avec un programme de rénovation baptisé « la métamorphose ». Il allait rapidement découvrir qu’on ne bâtit rien, on ne répare rien de fondamental tout seul.
Lors de son discours de prise de fonction, il promettait de mettre fin au « mur de verre » entre « les citoyens » et « les pouvoirs ». S’exprimant devant le CESE le 1er avril 2025, il cherchait à tordre le cou à la critique récurrente de l’immobilisme et déclarait : « la nécessité d’agir, et d’agir tout de suite, est un devoir moral. Nos concitoyens sont découragés par l’impuissance publique, là est le plus grand danger ».
Mais même s’il disposait alors des marges de manœuvre politiques, avez-vous souvenir d’une transformation significative apportée par François Bayrou au cours de ses 40 années de vie publique ? Au Ministère de l’Éducation nationale des gouvernements Balladur puis Juppé, entre 1993 et 1997, il réussira à enterrer l’une des promesses phares du candidat Chirac, un référendum sur l’école, parce que l’idée lui déplaisait. À la fin de la campagne présidentielle de 2022, lors d’un dîner de travail à l’Élysée, François Bayrou avait découvert deux projets phares de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron : premièrement l’orientation précoce ou la possibilité de construire un collège à la carte ; deuxièmement l’indexation de la rémunération des professeurs sur l’obtention par leurs élèves de bons résultats. « Il se cabre, gronde et obtient gain de cause » : les deux projets sont enterrés[2].
Jean-Michel Blanquer est particulièrement sévère dans son livre « La Citadelle », à l’encontre de son prédécesseur à l’Education nationale : « Ce qui comptait pour François Bayrou, c’était le verbe plutôt que l’acte, l’apparence plutôt que la réalité ». Chose rare : sur ce point, Blanquer est d’accord avec les syndicats d’enseignants. « Il était très aimable et disait, en nous recevant Rue de Grenelle, qu’on était “chez nous”, se souvient un syndicaliste. Mais il affichait un désintérêt prodigieux pour tout ce qu’on pouvait lui dire et ne se réveillait qu’une fois qu’il prenait la parole ». C’est surtout son renoncement à faciliter le financement de l’enseignement privé, face à des manifestations monstres, qui a marqué les esprits. « Aucune grande réforme n’est attachée à son passage Rue de Grenelle »[3].
Plus récemment, deux journalistes relatent leur constat : « A un intime qui le presse début décembre 2024 de nommer François Bayrou, Emmanuel Macron rétorque : ‘Je ne le nommerai pas. Il ne fait rien !’ Il se souvient peut-être d’avoir entendu des visiteurs politiques du Béarnais au ministère de la Justice, qu’il occupa brièvement en 2017, sortir stupéfaits de leur contemplation de la table de travail de celui qui est alors garde des Sceaux. Impeccable, dépourvue de tout parapheur »[4]. A confronter avec le point de vue d’un autre acteur de poids de l’époque : « Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée assure à certains de ses visiteurs n’avoir jamais vu quelqu’un si peu arbitrer et être aussi mal organisé »[5]. Ou à celui de l’ancien ministre de l’Économie, Jean Arthuis, pour qui « la procrastination fait partie de sa boîte à outils. Le passage à l’acte n’est pas forcément sa spécialité »[6].
Une fois le pic du budget 2025 dépassé, en mars 2025, la vacuité des projets du gouvernement Bayrou est apparue au grand jour : « Maintenant que la période des budgets, point culminant de l’Himalaya de difficultés, selon l’expression de François Bayrou à son arrivée à Matignon, est passée, la brume tend à s’épaissir autour des autres cimes que le centriste veut encore gravir. De fait, l’agenda de l’Assemblée nationale est vide de tout projet ou réforme d’ampleur proposé par le gouvernement. (…) Le Palais Bourbon semble tourner à vide comme nous l’ont expliqué nombreux députés en début de semaine. ‘Il y a un embouteillage de propositions de loi dont beaucoup paraissent futiles’, regrette par exemple la MoDem Geneviève Darrieussecq quand son collègue Horizons Frédéric Valletoux estime qu’on ‘touche désormais du doigt’ la période d’impuissance qu’Edouard Philippe prévoit jusqu’en 2027 »[7].
Il est vrai que comme l’a relevé l’Express du 24 avril 2025, François Bayrou pratique l’action publique avec quelques principes simples. Il souligne parfois que « quand vous êtes en politique, ce n’est pas mal de gagner 24 heures, 2 semaines, 6 mois ». « Il a passé sa vie à prononcer des discours où il faisait l’éloge de la méthode et où en fait il expliquait comment on pourrait faire des choses sans rien faire », ironisait un député Renaissance[8]. Dans son éditorial de la Tribune Dimanche du 29 juin 2025, Bruno Jeudy constate : « À Oslo, où il participait au sommet de l’OTAN, Emmanuel Macron a critiqué indirectement François Bayrou en affirmant que la recherche de la stabilité ne devait pas conduire à l’immobilisme ». Quelques jours plus tard, Guillaume Tabard écrivait dans son éditorial du Figaro du 12 juillet 2025 : « Bayrou est critiqué pour son inaction, moqué pour son style, suspecté de ne chercher qu’à durer, rejeté par l’opinion, recadré en public par un président de la République qui, en privé, lui chercherait déjà un successeur »[9].
Mais il est vrai que comme le fait malicieusement remarquer Nicolas Domenach dans sa chronique de l’hebdomadaire Challenges du 5 juin 2025, intitulée « Bayrou n’est pas mort », il a théorisé qu’ « en politique, même quand on est mort, on n’est pas vraiment mort ».
« La grande transformation du travail »
Il existe cependant un outil qui permet de percer le mystère du travail et de l’entreprise chez François Bayrou. Il faut se rappeler qu’il a occupé la fonction de Haut-commissaire au Plan entre 2020 et 2025. On peut donc s’appuyer sur un rapport du Haut-commissariat au Plan (HCP) intitulé « La grande transformation du travail ; crise de la reconnaissance et du sens du travail », publié en octobre 2023 sur lequel François Bayrou s’est beaucoup investi (voir le lien de téléchargement ci-dessous dans la rubrique « Pour aller plus loin »). Il en a signé la préface et s’est personnellement impliqué pour sa diffusion, ce qui n’était pas systématiquement le cas pour les travaux du HCP. J’ai eu l’occasion à l’époque, de dire ce que je pensais de ce rapport dans une note de Terra Nova[10]. C’est une honnête description de la « crise du travail », qui refait l’exercice de diagnostic et ne dresse aucun constat nouveau (tout est dit depuis des années par la Dares, la DGEFP, l’ANACT, l’INRS, le Cereq, le CNAM et quelques autres).
La préface de François Bayrou est loin d’être irréprochable. Elle s’appuie sur un contresens concernant l’étymologie (« le mot travail vient du latin tripalium qui signifie supplice ») alors que celle-ci est de plus en plus contestée par les chercheurs et le monde académique (voir : « Travailler, manager, diriger : quand le langage nous travaille »). Elle surestime l’épiphénomène de la « grande démission », qui se dégonflera par la suite, comme beaucoup d’autres modes managériales. Elle se désole de l’érosion de la centralité du travail dans nos vies, alors que celle-ci est fortement relativisée.
De façon plus générale, le rapport dans son ensemble est parsemé d’incohérences et de contradictions, malheureusement représentatives de ce qu’est devenu le Haut-commissariat au Plan. Ainsi par exemple, on peut lire page 30 : « Entre 1984 et 2016, la part des salariés dont le rythme de travail est imposé par des normes ou délais d’une heure au plus est passée de 5 à 29% ». Et page 59 : « La part des personnes dont le rythme de travail est dicté par des tâches à réaliser en moins d’une heure est passée de 33% en 1984 à 77% en 2016 ». Cherchez l’erreur… Autre exemple : le rapport pointe le fait que les plus jeunes sont plus enclins au travail indépendant mais il ne relève pas la contradiction avec le fait que le taux d’emploi indépendant est plus faible chez les 15 à 30 ans (6,2 % en 2021), que dans l’emploi total. Il n’a d’ailleurs pas connu d’évolution à la hausse depuis les années 1990[11]. L’Insee indique que le taux d’emploi non-salarié chez les 15 à 24 ans est passé de 3,5 % en 1995 à 2,5 % en 2018.
Mais cette préface a pour avantage de mettre en avant quelques convictions. Le rapport lui-même effectue un tour d’horizon assez large de la question du travail (en 60 pages), mais met en avant quelques aspects majeurs. Tout cela permet donc de distinguer les sept sujets de fond, qui d’après François Bayrou, structurent ce qu’il appelle « la crise du travail ».
1 – L’oisiveté du travailleur n’est pas en cause
Le « rejet », la « remise en cause » et la « désaffection » du travail… « ne relèvent pas de la paresse d’un peuple et de ses plus nouvelles classes d’âge, » affirme François Bayrou dans sa préface.
Voici quelques éléments repris dans le rapport, qui étayent cette conviction :
Pour le Haut-Commissariat, le travail reste le socle du modèle social et économique français. Sur le plan individuel aussi, il demeure, pour une majorité, un élément structurant et une source de satisfaction. Un grand nombre de bénéficiaires des minima sociaux choisissent de reprendre un emploi même s’ils y perdent sur le plan financier. Le pourcentage de salariés effectuant des heures supplémentaires non payées et la moyenne d’heures non payées sont plus grands en France que dans la moyenne des pays de l’OCDE[12].
Ce point n’est pas anecdotique car cette vieille représentation erronée du travailleur oisif pollue les débats et les projets de réforme autour de l’emploi et du travail, comme on l’a encore observé récemment à l’occasion de l’accord interprofessionnel sur l’indemnisation du chômage ou de la réforme du RSA. C’est donc un acquis positif.
Cela n’a pas empêché François Bayrou de réclamer à plusieurs reprises des nouvelles négociations avec les partenaires sociaux sur l’assurance chômage, en laissant entendre qu’il faut accroître les incitations pour le retour au travail. Il continue à justifier cette nécessité par les difficultés de recrutement des entreprises. Or, « au 1er trimestre 2025 dans les entreprises du secteur privé (hors agriculture, intérim, particuliers employeurs et activités extraterritoriales), le nombre d’emplois vacants est en net repli par rapport au pic de fin 2022 : -31 % par rapport au 4e trimestre 2022 ». Par ailleurs, toujours au 1er trimestre 2025, 45 % des emplois déclarés vacants correspondent effectivement à des emplois inoccupés, mais « 30 % à des emplois nouvellement créés et 24 % à des emplois encore occupés et sur le point de se libérer »[13].
Lors de son discours du 15 juillet 2025, il a fait part de sa volonté d’ouvrir un nouveau cycle de discussion entre syndicats et patronat afin de parvenir à une réforme de l’assurance chômage (nouvelle baisse de la durée d’indemnisation et nouveau durcissement des conditions d’accès) et à des mesures permettant de « fluidifier » le marché du travail[14]. Ce terme répété ad nauseam de « fluidifier » pose question.
De même, prenant la parole après François Bayrou lors de la présentation des grands axes du budget 2026 le 15 juillet, la ministre du Travail et de l’emploi, Astrid Panosyan-Bouvet, a évoqué la possibilité de discuter avec les partenaires sociaux de la monétisation de la cinquième semaine de congés payés, instaurée par Pierre Mauroy, au début des années 80 sous la présidence de François Mitterrand. Les salariés pourraient troquer leurs jours de vacances en échange d’une augmentation de leur revenu. Le principe, a précisé la ministre quelques jours plus tard, est comparable à celui du rachat des RTT, pour « plus de pouvoir d’achat » et « qui resterait à la main de chaque salarié ». Les entreprises peuvent racheter les RTT de leurs salariés, moyennant une majoration, en grande majorité de 25 %, sur le salaire. Le gouvernement cherche à faire travailler davantage ceux qui travaillent déjà, au risque des impacts négatifs sur la santé, au lieu de se préoccuper d’offrir des possibilités d’emploi à ceux qui ne travaillent pas…
2 – L’intensité accrue du travail et le quiproquo sur le « travailler plus »
« L’organisation du travail augmente la pression sur les travailleurs, en fixant toujours plus haut les exigences qu’on leur impose », nous dit François Bayrou dans sa préface.
Quelques éléments du rapport, qui étayent cette conviction :
La France est le pays européen où les actifs sont les plus soumis au stress lié à des contraintes de temps. La pression ressentie au travail affecte 52% des salariés en France contre 46% en Europe. Le travail est également devenu plus répétitif (28 % des salariés en 2005, 42 % en 2017), avec une baisse de l’autonomie (baisse de 10 % à 15 % des marges de manœuvres de 1991 à 2016).
La réduction du temps de travail au niveau national (35 heures) s’est, en outre, accompagnée d’un contrôle accru mais aussi de la progression des horaires atypiques (travail du dimanche, horaires de nuit). Les salariés sont plus nombreux à ressentir leur charge de travail comme excessive. À cela deux facteurs explicatifs : les salariés constatent une baisse de leur part d’autonomie ; 42% d’entre eux déclarent un travail répétitif ; les modes de management sont jugés trop verticaux.
Malgré ce constat bien établi, François Bayrou a dérivé vers la vieille antienne de la droite conservatrice selon laquelle le salarié et le fonctionnaire français, forcément affectés d’oisiveté, ne travaillent pas assez. Ce message sera notamment martelé à partir de la « grande conférence nationale sur les finances publiques » du 15 avril : « Le fil rouge de ce premier rendez-vous a été la question du travail et de l’emploi. ‘Si notre production par habitant était dans la même gamme que celle de nos voisins européens, nous n’aurions plus de déficit budgétaire’, a déroulé François Bayrou, enchaînant les diapositives soulignant des différences notables avec le voisin allemand ou les pays de l’OCDE. Et d’avertir : ‘Nous ne travaillons pas assez’. Une antienne que se sont chargés de reprendre les ministres qui ont ensuite pris la parole. Que ce soit Amélie de Montchalin (Compte publics) évoquant la ‘hausse incontrôlée’ des arrêts maladies depuis le Covid, ou Catherine Vautrin (Santé et Travail) sur la nécessité ‘de repenser un modèle social’ »[15].
Comme l’affirme le quotidien Libération, « face à la remontée du chômage et aux incertitudes démographiques et mondiales, le discours selon lequel les Français ne travailleraient pas assez revient en force, en laissant dans l’angle mort les questions liées au contenu du travail »[16].

Ce message sera poursuivi lors du discours « Le moment de vérité » de François Bayrou du 15 juillet 2025. Pour résoudre le problème de la dette et réduire le déficit public, il a donc annoncé un plan sur quatre ans, avec l’objectif d’un déficit à 4,6 % en 2026 pour arriver à 2,8 % en 2029. Et pour ce faire, réaliser un « effort juste et partagé » de 43,8 milliards d’euros pour le budget 2026. L’État va montrer l’exemple en ne dépensant pas plus en 2026 qu’en 2025, à l’exception du budget des Armées et de la charge de la dette. Cette dernière va passer de 68 milliards d’euros en 2025 à 80 milliards en 2026. Un fonctionnaire sur trois partant à la retraite ne sera pas remplacé à partir de 2027 (a priori seulement dans la fonction publique d’Etat)[17] Mais la mesure la plus forte porte sur le gel de l’« ensemble des prestations sociales », « sans exception » (Huffington Post, 15 juillet). L’année blanche représente une contribution de 7,1 milliards d’euros.
Sans surprise, ces mesures (auxquelles s’ajoute la suppression de deux jours fériés évoquée dans la section suivante) ont été immédiatement approuvées par le patronat. « Le message principal, c’est “il faut travailler plus” et c’est une évidence », a commenté Patrick Martin, président du Medef. De son côté, l’Association française des entreprises privées (Afep), qui réunit les 117 plus grandes entreprises françaises, a qualifié ces annonces « en phase » avec ses priorités. L’influent lobby patronal a évoqué l’augmentation de « la quantité de travail pour plus produire en France et ainsi réduire nos dépendances ». On retrouve ici le soutien au travail lorsqu’il s’agit seulement du quantitatif et qu’il n’est pas question de traiter de la question de la qualité du travail.
Pourtant, ces mesures ratent leur cible. Elles se focalisent sur l’objectif de faire travailler davantage ceux qui travaillent déjà au lieu d’amener au travail ceux qui n’en ont pas. Le syndicat CFTC l’a fort bien résumé : « à la CFTC, la priorité est surtout que tout le monde ait du travail » et « avant de vouloir faire travailler plus les gens qui travaillent déjà, le sujet est de d’abord donner du travail à ceux qui n’en ont pas », insiste Cyril Chabanier, président de la CFTC[18].
L’idée que les salariés en emploi ne travailleraient pas assez, et de ce fait, créeraient le déséquilibre des finances publiques que le plan de François Bayrou entend résorber s’appuie sur des comparaisons avec l’Allemagne mais l’indicateur retenu par le gouvernement, provenant d’une étude de l’OCDE trompeuse, compare la quantité d’heures travaillées à l’ensemble de la population, nourrissons, enfants, étudiants et retraités compris, ce qui peut se justifier du point de vue de l’équilibre des finances publiques mais n’a aucun sens du point de vue du travail. Si on prend en compte ceux qui travaillent – et tous ceux qui travaillent, y compris les indépendants et en tenant compte des temps partiels, plus nombreux et plus courts en Allemagne, on se rapproche de la réalité du travail et le diagnostic s’inverse : ce sont les travailleurs français qui réalisent plus d’heures (1.607 sur l’année) que leurs voisins allemands (1548 heures)[19]. Cette distinction est importante car elle permet de poser le diagnostic juste : le problème du travail en France n’est pas une supposée insuffisance de la part de ceux qui sont en emploi mais le fait que les jeunes accèdent trop difficilement au marché du travail et que les plus expérimentés peinent à se maintenir en emploi jusqu’à l’âge de la retraite. Cette problématique est très précisément documentée par le livre d’Antoine Foucher, celui de Denis Olivennes et le rapport du CAE (Conseil d’analyse économique) intitulé « Objectif plein-emploi : pourquoi et comment ? »…
Selon l’économiste Éric Heyer, interrogé par Le Huffington Post, « entre 25 et 55 ans, en France, un salarié travaille comme tout le monde, sans grande différence avec les Italiens ou les Allemands ». L’étude du CAE mentionnée ci-dessus, consacrée à l' »objectif plein emploi », a montré que la déficience du taux d’emploi s’exerce surtout aux deux extrémités de l’échelle des âges : les jeunes et les seniors. L’économiste Stéphanie Villers, Conseillère économique de PwC ajoute : « Deux jours fériés supprimés ne sauveront pas la France. Le budget 2026 met l’accent sur les économies, mais croire qu’on relancera la production en supprimant deux jours fériés est une illusion. Les actifs travaillent déjà autant que leurs voisins (cf. étude Rexecode Doc N°92). Le vrai problème est ailleurs :
Les jeunes mettent trop de temps à décrocher leur premier emploi,
Les seniors quittent trop tôt le marché du travail,
Les femmes se heurtent encore à des freins pour concilier carrière et famille.
C’est sur ces trois leviers qu’il faut agir ».
Par ailleurs, les bulletins conjoncturels du ministère du Travail nous disent que « le taux d’emploi et le taux d’activité continuent de progresser en France et atteignent un nouveau point haut historique »[20]. Ceci ne plaide pas en faveur de la thèse du relâchement du travail de la part des Français.
C’est donc sur l’emploi des jeunes, des seniors, des femmes, des handicapés et des chômeurs que devraient porter les réformes. Mais de cela, il n’est pas question dans le plan de François Bayrou.
Concernant l’emploi de jeunes, j’ai noté que dans le deuxième épisode de sa série estivale sur Youtube dénommée FB Direct, François Bayrou se désole de l’ampleur du chômage des jeunes, soit 19 %, qu’il commente ainsi : « cela signifie qu’un jeune sur cinq dans notre pays est au chômage ». Cela signifie surtout que l’ancien commissaire au Plan n’a toujours pas compris comment est calculé le taux de chômage, qui repose non pas sur l’ensemble de la classe d’âge des 15 à 24 ans, mais seulement sur la classe d’âge des actifs ; ainsi par exemple, les jeunes encore en études ne sont pas inclus dans ce calcul.
3 – Le manque de dynamisme des salaires et de la reconnaissance crée une grande frustration
Préface : « Les questions de reconnaissance et de progression salariale paraissent ne plus répondre aux aspirations légitimes des travailleurs. »
Rapport : Le travail apparaît moins rémunérateur. 46 % seulement des Français s’estiment suffisamment payés, contre 59 % dans l’Union européenne et 68 % en Allemagne. Les revenus des actifs immobiliers et mobiliers ont progressé à un rythme beaucoup plus soutenu que ceux du travail. La part de l’héritage dans le patrimoine a atteint 60% en 2021 (contre 35% en 1970). Par ailleurs, si les inégalités de revenus du travail n’ont pas progressé depuis 1995, les revenus des plus favorisés (1% de la population) ont, eux, fortement augmenté.
Le pouvoir d’achat augmente depuis trente ans mais certains secteurs (publics mais aussi privés) ont vu leurs salaires relatifs diminuer relativement au SMIC. 42 % des actifs estiment que leur supérieur hiérarchique ne reconnaît pas leur travail à sa juste valeur, contre 34 % aux États-Unis et 28 % au Royaume-Uni.
Dans son discours de politique générale prononcé en janvier 2025, François Bayrou revenait sur la nécessité de revaloriser le travail : « L’obligation de revaloriser le travail, c’est une obligation qu’on évoque sur tous les bancs [de l’Assemblée]. Je souhaite que la concertation sur le travail et les salaires, sur la qualité de la vie au travail, sur sa rémunération et sur son sens, que ces questions soient abordées comme celles de la santé au travail, de la prévention, de la prise en charge des arrêts de travail, ainsi que la situation des travailleurs pauvres et l’égalité salariale femme-homme. Il nous faudra que ces efforts en matière de revalorisation salariale soient conduits et poursuivis, notamment avec la mise en place de dispositifs d’épargne salariale, d’intéressements et de participation dans tous les secteurs »[21].

La mesure la plus emblématique mais aussi la plus impopulaire proposée par son plan de redressement du 15 juillet est pourtant la suppression de deux jours fériés, qui est précisément le contraire d’une revalorisation du travail. Cette proposition est d’autant plus étonnante que le Premier ministre l’avait clairement exclue au début de son mandat. Invité sur LCI le 27 janvier 2025, il avait écarté une mesure suggérée par des membres de son gouvernement concernant le « travail gratuit », sous forme de sept heures de travail non rémunérées, qui avait été avancée par le Sénat dans le cadre du budget de la Sécurité sociale. La ministre du Travail et de l’Emploi, Astrid Panosyan-Bouvet, l’avait reprise à son compte pour « combler le déficit de la Sécurité sociale ». Catherine Vautrin, à la tête du gargantuesque ministère de la Santé et du Travail, avait estimé dans une interview publiée le 19 janvier par le Journal du Dimanche que « cette mesure peut, en 2025, générer 2 milliards d’euros de recettes fléchées vers les dépenses sociales ».
Le Premier ministre s’est opposé à cette hypothèse, répondant que « le travail doit être payé » et que « tout travail mérite le salaire ». « Le travail ne doit pas être gratuit », a-t-il insisté sur LCI. Pourtant, le 15 juillet, il annonce la suppression de deux jours fériés, partie intégrante du plan qu’il a appelé « En avant la production ! ». Le travail est alors utilisé comme un faux-nez pour justifier des mesures de régression sociale « J’ai la conviction que nous devons réconcilier les Français avec le travail, avec l’emploi, avec l’épanouissement par le travail. Il faut travailler plus ; il faut que toute la nation travaille plus, pour que la production sur l’année soit plus importante. Je propose donc que deux jours fériés soient supprimés pour tout le pays », citant « comme exemple » le « lundi de Pâques » et « le 8-Mai ». Quelques jours plus tard, la ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet a précisé que ces deux jours de travail supplémentaires seraient assortis d’une contribution des entreprises de 0,6 % de leur masse salariale annuelle versée à l’état en contrepartie de la valeur créée, ce qui rapporterait 4,2 milliards d’euros.
On est bien en peine de comprendre par quel paradoxe cette mesure « revalorise le travail ». Elle impose aux salariés et aux fonctionnaires de travailler gratuitement, sans percevoir le salaire associé à leur activité. Sans vouloir exagérer, je remarque que c’est la définition même de l’esclavage, qui a été aboli deux fois en France. Comme le droit interdit de réduire unilatéralement les salaires, on augmente le temps de travail sans augmenter la rémunération, ce qui aboutit à une baisse du salaire horaire. Et c’est le Premier ministre qui dit que « le travail ne paye pas assez » qui décide de cette baisse de salaire !
Dans son interview aux chaînes d’information continue depuis l’Hôtel Matignon du 31 août 2025, il a affirmé que « la suppression des deux jours fériés, ce n’est pas travailler gratuitement mais c’est donner à la France les moyens dont elle a besoin ». Et sans craindre les incohérences, il rappelle deux minutes plus tard que sa volonté est « que le travail paye plus » !
Par ailleurs, refusant d’entrer dans la réalité du monde du travail, il ne voit pas que la suppression de deux jours fériés aurait un effet fondamentalement différent sur les salariés du CAC 40, nombreux à cumuler plus de 8 semaines de congé et RTT et sur ceux des PME, qui doivent souvent se contenter de 5 semaines.
François Bayrou n’est d’ailleurs pas lui-même un grand pratiquant de la reconnaissance du travail. En visite sur l’archipel de Mayotte, deux semaines après le passage dévastateur du cyclone Chido, il s’est attiré les foudres des sinistrés sur place… Mais également de l’opérateur de télécommunications Orange. Dans un long message publié sur les réseaux sociaux le 30 décembre 2024, le directeur des affaires publiques du groupe déplore un manque de reconnaissance du chef du gouvernement vis-à-vis de ses équipes à pied d’œuvre pour rétablir le réseau. Quelques heures plus tôt, François Bayrou s’exprimait en détail sur ces enjeux, mais sans évoquer le travail des opérateurs et en confirmant le déploiement de 200 Starlink, ces petits satellites (de la marque SpaceX, une entreprise d’Elon Musk) fournisseur d’accès à internet.
« Pas un mot pour les opérateurs et surtout, leurs collaborateurs sur place qui assurent le rétablissement des réseaux alors que comme tous à Mayotte, ils ont été impactés par le cyclone, et doivent aussi s’affairer à calfeutrer leur habitat, à trouver à boire et à manger », écrit ainsi Laurentino Lavezzi. Une erreur de communication, selon lui, qui reflète aussi un choix stratégique peu judicieux à ses yeux. « Nous sommes heurtés par une communication du Gouvernement qui axe ses annonces sur du wifi provisoire by Starlink, pourtant bien moins couvrant et performant qu’un réseau mobile », précise ainsi le dirigeant, ceci alors que « le réseau orange est passé en dix jours de 25 % de couverture de la population à 75 % ».
4 – Le numérique participe à la pression et l’intensification du travail
Préface : « Les technologies nouvelles, provenant notamment du numérique » participent « à cette pression ».
Rapport : Le progrès technologique se traduit par une polarisation du marché du travail, qui semble se figer entre ceux qui bénéficient de statuts stables et rémunérateurs et ceux qui n’occupent que des emplois précaires et peu rémunérés. Le travail n’est pas voué à disparaître mais il y a un risque accru de polarisation, les tâches nécessitant un niveau moyen de qualification disparaissant peu à peu.
Le rapport ne s’écarte guère de ces considérations assez générales et les effets sur le travail de l’intelligence artificielle sont à peine évoqués (deux mentions superficielles dans le rapport).
On peut légitimement s’étonner que la question des technologies, de leurs usages et de leur éventuelle régulation demeure absente des mesures annoncées par le Premier ministre.
5 – La transformation de l’entreprise reste dans l’angle mort
Le rapport du HCP relève la financiarisation croissante des entreprises françaises, matérialisée par « la part des dividendes dans la valeur ajoutée des entreprises non financières, qui a cru de 3,3 % en 1988 à 4,4 % en 2016 ». Il évoque à plusieurs reprises les défauts attribués au management pratiqué par les entreprises françaises (vertical, autoritaire, insuffisamment à l’écoute, manquant de reconnaissance) – sans établir de lien avec le point précédent.
Il s’intéresse surtout au fait que les frontières de l’entreprise deviennent plus poreuses : à la page 29, le rapport relève qu’« on assiste au développement d’emplois indépendants très qualifiés, ce qui devient une forme de flexibilité et d’externalisation de la main d’œuvre », alors que « ce processus de flexibilisation joue également à l’intérieur des entreprises, si bien que la frontière entre travailleurs indépendant et travail salarié se brouille ». Cette porosité est également renforcée « par les passages plus fréquents du statut de salarié à celui d’indépendant, à l’intérieur d’une vie et entre les générations ».

Malgré cette compréhension du caractère plastique de l’entreprise aujourd’hui, le rapport montre un désintérêt total vis-à-vis du développement des auto-entrepreneurs (le mot ne figure pas dans les 60 pages du rapport), alors qu’il s’agit d’une mutation essentielle du travail et de l’entreprise ces dernières années.
Ce désintérêt explique le mépris total vis-à-vis de cette forme d’activité manifesté par François Bayrou lors des arbitrages budgétaires du début de l’année 2025, qui met en évidence la déconnexion gouvernementale abyssale vis-à-vis du travail. Pour plusieurs dizaines de milliers de micro-entrepreneurs, l’adoption du budget 2025 était porteuse d’une très mauvaise nouvelle, introduite subrepticement par un amendement du gouvernement. Ces prestataires de services aux revenus et au train de vie plus que modestes – petits artisans, travailleurs des plateformes, forçats du web, livreurs à vélo, coiffeuses à domicile, brocanteurs, chauffeurs Uber, etc. – étaient jusqu’ici exemptés du devoir de collecter la TVA pour le compte de l’Etat jusqu’à un chiffre d’affaires annuel de 37.500 euros. Le gouvernement avait décidé d’abaisser ce seuil à 25.000 euros. L’État espérait maladroitement récupérer 400 millions d’euros, parmi les 50 milliards recherchés à l’époque, par ce tour de passe-passe. Mais, face à la pression, après une journée de levées de boucliers et de débat houleux, le ministre de l’Economie, Éric Lombard, a annoncé le 6 février que les nouveaux seuils de TVA n’entreraient finalement pas en vigueur.
On ne peut qu’exprimer sa perplexité : comment François Bayrou et son gouvernement ont-ils pu laisser passer une mesure qui aurait évidemment conduit une bonne partie de ces « galériens de l’économie », les plus précaires, les plus éloignés des dispositifs de protection sociale, soit à rogner sur leurs marges déjà faméliques, soit à arrêter leur activité ? Qu’est-ce qui justifie de mettre en danger le fragile équilibre économique de gens qui ont choisi de travailler, et de travailler dur, mais qui gagnent à peine plus que le SMIC ? Quelle meilleure incitation peut-on imaginer pour les pousser soit vers les labyrinthes de France Travail, soit vers le confort émollient des trappes sociales à inactivité (par exemple le RSA, qui mérite si mal la dernière lettre de son acronyme), soit vers le travail au noir ? Quelle méconnaissance du travail ! Mais aussi – et cela fonctionne ensemble – quel mépris vis à vis de « ceux qui ne sont rien », ces « premiers de corvée » qui sont aussi bien souvent les derniers de cordée de la reconnaissance sociale.
Je m’arrête sur cet épisode car je pense qu’il constitue un point d’appui pour l’analyse concrète de la place du travail et des travailleurs dans les priorités gouvernementales. Le « macronisme » initial, celui de 2017, s’était défini en soutien de l’entrepreneuriat et d’une politique fiscale clairement assumée en faveur de l’entreprise (voir : « Le travail et l’entreprise, enjeux du duel des Présidentielles 2022 »). Et voilà que le macronisme finissant persistait à ne pas augmenter la pression fiscale sur les entreprises et les plus aisés mais décidait au contraire de fiscaliser ces entrepreneurs-là, au prétexte qu’ils sont de tout petits entrepreneurs, sans les entrées à l’Élysée, à Matignon et au Palais Bourbon dont disposent les grands chefs d’entreprise.
On est donc logiquement amené à se demander si, en fait, la politique fiscale en faveur des chefs d’entreprise ne reflétait pas un encouragement à l’énergie d’entreprendre comme beaucoup l’ont cru, mais plutôt une soumission aux puissants, également dénommés premiers de cordée et un mépris des travailleurs, fussent-ils (petits) entrepreneurs. Il est cruel de le rappeler mais avant de rallier Emmanuel Macron en 2017, François Bayrou, qui à l’époque comptait parmi les soutiens d’Alain Juppé, qualifiait le ministre de l’Economie de l’époque de « candidat des forces de l’argent »[22].
Une fois encore, en refusant de regarder le travail en face, le gouvernement s’apprêtait à mettre en danger l’un des rares dispositifs récents qui fonctionne bien. Le statut d’autoentrepreneur, si imparfait soit-il, a été adopté par plus de 2,7 millions de travailleurs (chiffre Urssaf) préférant tenter leur chance en se mettant à leur compte, en s’insérant socialement par le travail, plutôt qu’attendre oisivement les subsides d’un Etat qui n’est plus la providence.
En refusant de mettre significativement à contribution les entreprises qui le peuvent, François Bayrou s’interdisait de démontrer que son plan suit les préconisations de la justice sociale. Cette coupure apparaissait dès son discours de politique générale (janvier 2025), dans lequel il livrait le nom de son principal inspirateur en matière de politique économique, un certain La Fontaine : « Il existe, chez nous, un réflexe déjà ancien et nuisible. Il s’agit, dans les débats, de cibler les entreprises, et plus spécialement les entreprises françaises, et en particulier, celles qui réussissent le mieux à l’exportation. Les entreprises que l’on dit multinationales sont en réalité celles qui, par leur savoir-faire, leur recherche, leur esprit de conquête, ont réussi à être sélectionnées pour la compétition mondiale. Elles font honneur à la France et contribuent à sa richesse. Ma conviction est que ces entreprises, nous devons leur faciliter la tâche dans toutes les conditions fixées par la démocratie sociale. Elles doivent être prémunies contre des augmentations exponentielles d’impôts et de charges, sans quoi nous nous retrouverions dans la même situation que décrit la fable de la Fontaine, de la poule aux œufs d’or qui offrait à son propriétaire tous les matins la ponte d’un œuf d’or alors, il s’est dit qu’il devait y avoir un trésor dans la poule. Il a saisi la poule, il lui a fait un sort et puis il l’a ouverte et à l’intérieur, il n’y avait bien, et La Fontaine conclut qu’il s’était lui-même ôté le plus beau de son bien. L’entreprise produit les richesses et l’emploi pour tout le pays grâce à ses dirigeants, ses chercheurs, ses cadres et ses salariés. Mais si elle se voit surchargée de prélèvements et de normes, alors elle cesse de produire. Le trésor est dans l’activité, la créativité et la souplesse »[23].
6 – L’augmentation des temps de déplacement est également un poids
Préface : « Notre goût national pour l’extrême centralisation à Paris et dans les métropoles multiplie les temps de trajet ».
Rapport : La métropolisation du territoire (46% des emplois sont localisés dans les aires urbaines de plus de 500.000 habitants) fait monter le prix de l’immobilier dans les grandes villes. Ainsi, le travail permet plus difficilement de se loger (le nombre d’années de revenus nécessaires à l’achat d’un logement a augmenté de plus de 50 % entre 1999 et 2023), en particulier pour les plus jeunes, qui sont exposés à une plus grande précarité de l’emploi. Cela conduit les actifs à s’éloigner des métropoles. L’augmentation de la durée quotidienne des trajets domicile-travail est une nouvelle source de stress. Le temps de trajet joue aussi un rôle direct dans la charge de travail ressentie.
La France est le pays d’Europe avec les plus longues navettes domicile-travail – 1h13 par jour en 2023 contre 40 minutes en 1998. Elle est aussi le troisième pays européen en termes de déplacements quotidiens de toute nature, mais le pays européen avec les plus longs temps de transport domicile-travail : 1h13, soit 10 minutes de plus qu’en Grande-Bretagne, 12 minutes de plus qu’en Allemagne ou 24 minutes de plus qu’en Finlande[24].
Cette spécificité aurait pu constituer un point d’appui pour le gouvernement, par la recherche de solutions permettant d’améliorer à la fois le travail et l’environnement. Mais en tant que Haut Commissaire au plan, François Bayrou n’avait pas réussi à imposer la transition écologique dans ses attributions, un sujet qui sera porté par l’organisme ad hoc du Secrétariat général à la planification écologique (SGPE). C’est sous le signe de « l’écologie positive » qu’il avait annoncé placer sa campagne présidentielle de 2012, déclarant : « Nous avons été précurseurs du ‘produire en France’, nous voulons être précurseurs sur le sujet de l’écologie positive, celle qui prend en charge la totalité des liens de l’homme avec la nature ». Mais il n’a jamais vraiment défini les termes de cette « écologie positive ». « Il n’a jamais été très prolixe ni en profondeur sur les questions climatiques et écologiques, soulignent les ONG. Sa volonté, comme sa capacité, à mettre les défis écologiques et sociaux au centre des décisions apparaissent donc relativement faibles », comme le soulignait la publication Youmatter du 17 décembre 2024.
7 – La mobilisation du levier du dialogue social est indispensable
Dans le rapport du HCP, François Bayrou fait l’éloge du dialogue social. Mais le sujet du dialogue social est typiquement un domaine dans lequel croyants et pratiquants ne se confondent pas. François Bayrou a-t-il réellement mis en pratique le dialogue social ?
Début février 2025, il lançait une conférence sociale (étrangement dénommée « conclave ») sur les retraites, lui permettant d’échapper à la censure des socialistes, avec une échéance de conclusion à fin mai 2025[25]. Mi-janvier, en annonçant la concertation à venir, le Premier ministre avait initialement demandé aux partenaires sociaux d’améliorer la réforme, « sans dégrader l’équilibre financier » du système. Mais le 26 février 2025, la veille de l’ouverture du « conclave », qui s’annonçait déjà complexe, il envoyait aux dirigeants des organisations patronales et syndicales une lettre leur demandant de « rétablir l’équilibre financier de notre système de retraites à un horizon proche » avec un « objectif à l’année 2030 ». Ceci modifie fortement le mandat confié aux partenaires sociaux…
Dès le 16 mars, il commet une seconde grave entorse aux règles du jeu très ouvertes qu’il avait définies : au micro de France Inter, le Premier ministre ferme la porte à tout retour à l’âge de départ à la retraite à 62 ans, comme le demandent unanimement les syndicats et la gauche. « Je ne crois pas que la question paramétrique, c’est-à-dire la question de dire : “Voilà l’âge pour tout le monde”, soit la seule piste », a déclaré le chef du gouvernement. Pourtant, lors de son discours de politique générale prononcé à l’Assemblée nationale, il avait promis que la réouverture des discussions entre les partenaires sociaux ne comporterait « aucun tabou, pas même l’âge » de départ[26].
En annonçant de façon très prématurée qu’un retour à 62 ans n’aurait de toute façon pas lieu, il a braqué contre lui ceux qui vantent les mérites du dialogue social, qui était pourtant l’un de ses marqueurs. Quelques jours plus tôt, il marquait sa « divergence » avec l’ancien Premier ministre Édouard Philippe car selon lui, le maire du Havre considère la « démocratie sociale » comme « négligeable ». Dans le Figaro, le président d’Horizons avait lourdement chargé le Premier ministre, raillant son « immobilisme » et moquant un conclave sur les retraites « complètement hors-sol ».
François Bayrou n’a pourtant pas toujours été opposé au maintien de l’âge. En septembre 2022, alors que le gouvernement Borne fourbissait ses armes pour repousser l’âge de départ à la retraite, en opposition avec les syndicats, il jouait les oracles : « Si on se lance dans cette voie-là, alors nous sommes certains de coaliser d’abord les oppositions entre elles, puis de diviser la société française ». Le maire de Pau invite à prendre « le temps de la pédagogie » et se dit « opposé au passage en force ». Pas de désaccord sur le fond, toutefois, puisqu’il expliquait déjà en 2007 : « On a un très lourd problème devant nous avec les retraites. On est assez grands pour le regarder en face ». Et d’assurer que la démographie obligeait à réformer le système. Il a réaffirmé l’analyse dans un rapport du Plan en décembre 2022.
Début 2025, il continuait à défendre les mérites de la retraite par points : « J’ai défendu l’idée de la retraite par points. Je ne pense pas que ce sera la solution adoptée, car elle est très exigeante. Mais elle offrait trois avantages auxquels on peut réfléchir : l’équilibre financier nécessaire du système, le choix plus individuel du départ en retraite, et la responsabilité donnée aux partenaires sociaux de gérer le système, du moins dans le privé. Syndicats et patronat sont gestionnaires des retraites complémentaires Agirc-Arrco et cela marche très bien. Cela a beaucoup de sens »[27].

La tentative avortée du conclave des retraites procure une bonne représentation de la conception corsetée du dialogue social portée par François Bayrou. Alors qu’elle était présentée comme permettant aux partenaires sociaux de retravailler sur la réforme des retraites, elle a été annihilée par les injonctions du Premier ministre, indiquant que sans accord la réforme de 2023 s’appliquerait et qu’il n’était pas question d’envisager un retour à l’âge de départ à 62 ans. Ce faisant, elle « libérait le Medef de toute nécessité de faire des concessions, poussant la négociation vers un échec inéluctable »[28]. La défiance ne s’est pas seulement accrue avec les partenaires sociaux mais aussi avec le Parlement car François Bayrou n’a cessé de louvoyer, soufflant le chaud et le froid sur la possibilité de soumettre la conclusion du « conclave » au vote de l’Assemblée nationale.
Mais il faut rappeler que l’échec du « conclave », constaté le 23 juin 2025, s’est scellé en grande partie sur l’incapacité à trouver un accord sur le travail et notamment sa pénibilité. Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, a précisé à l’AFP le 27 juin 2025, que les deux derniers points de blocage relevés par le Premier ministre pour parvenir à un accord avec le patronat, sur la pénibilité et le financement du système de retraites, étaient « deux éléments extrêmement importants et structurants des discussions ». « Si à un moment, le gouvernement veut trouver une voie d’équilibre, il faut qu’il comprenne que, pour mon organisation, il n’y a pas de voie de passage sans la réparation sur la pénibilité, avec le dispositif qu’on a proposé », a-t-elle encore affirmé. Sur ce sujet de la reconnaissance de la pénibilité, les syndicats voulaient une réparation générale tandis que le camp patronal n’acceptait qu’une « réparation individuelle sur décision médicale ». Par ailleurs, les syndicats souhaitaient réintégrer dans le compte personnel de pénibilité, les trois critères de pénibilité physique qui en ont été retirés, à savoir le port de charges lourdes, les vibrations mécaniques et les postures pénibles. Un Premier ministre impliqué dans les questions du travail aurait eu matière à faire progresser cette négociation, qui pouvait parfaitement réussir… aux dires même de ses participants.
La focalisation sur la dette et la réduction des déficits publics : confusion entre les objectifs et les modalités
Un an avant son accession à Matignon, François Bayrou prophétisait qu’on ne viendrait le chercher que pour « sauver la France de l’effondrement général ». Il a indéniablement de la constance dans sa volonté affichée de réduire le déficit public. Il en a fait un thème de ses campagnes présidentielles en 2007 et 2012, il a même joué les pères la rigueur en proposant 50 milliards d’euros d’économies dans le budget de l’Etat, via un gel des dépenses publiques pendant deux ans pour viser carrément un excédent budgétaire en 2017. Plus tard, il publiait en 2021 une note intitulée « Face à la dette Covid, une stratégie de reconquête », lorsqu’il était haut-commissaire au Plan[29]. Il y martelait : « Il ne peut être envisagé de ne pas rembourser cette dette ». Pour lui, le problème de la dette n’est pas que financier, mais également moral, comme il l’a souvent répété[30].
Si la plupart des responsables politiques et économiques s’accordent sur la gravité de la situation financière de la France, tous ne sont pas forcément en accord avec les modalités proposées par François Bayrou pour y remédier. Or, le Premier ministre a voulu focaliser le vote de confiance du 8 septembre sur la seule question de la reconnaissance de la gravité de la situation… alors que ses propositions de modalités sont sur la table depuis le 15 juillet et sont débattues depuis cette date. Cette confusion pouvait sembler politiquement habile mais elle empêche le débat de se tenir dans de bonnes conditions, au risque de la chute du gouvernement.
Et maintenant ?
La dernière phrase de la préface de François Bayrou au rapport du HCP résumait l’intention du document : « Le parti pris de cette note est de penser que si nous identifions clairement un certain nombre de ces fragilités [du travail], nous pourrons sans doute mieux proposer une vision mobilisatrice pour que le travail, nécessaire au maintien de notre vitalité nationale et à la protection de notre modèle social, redevienne un horizon aimable et désirable ». On aimerait le prendre aux mots car les sept éléments de diagnostic cités plus hauts forment un socle de convictions que je crois très partagé parmi les acteurs sociaux. Je crois qu’ils le sont aussi par la ministre du travail Astrid Panosyan-Bouvet (voir dans Metis : « Premiers pas d’une ministre : ce qu’Astrid Panosyan-Bouvet pense du travail »).
Alors que le Haut-commissariat au Plan (HCP) est censé être une plaque tournante, ce rapport montre qu’il a été réalisé en isolation. Il manque cruellement de propositions à même de rencontrer un consensus entre les partenaires sociaux, alors que les Assises du travail, lancées par le ministre du Travail de l’époque, Olivier Dussopt, venaient de se terminer et apportaient des propositions solides, objet d’une concertation robuste, synthétisées par un rapport final bien documenté[31]. Or, les Assises ne sont évoquées dans le rapport du HCP que par deux notes de bas de page (voir : « Les Assises du Travail : vers une refondation du rapport au travail »).
Le HCP a été créé par décret en 2020 et sur mesure pour François Bayrou. L’ancien Commissariat au Plan créé par de Gaulle en 1946 et longtemps incarné par Jean Monnet avait été enterré en 2006 après une longue agonie. Un rapport du Sénat a aussi étrillé le HCP en avril et septembre 2024 et dans ce cadre, le sénateur écologiste Thomas Dossus avait dénoncé l’opacité d’une institution qui « fonctionne en vase clos »[32].

Souvent décrit comme « une voix solitaire », il est paradoxal de voir François Bayrou désormais Premier ministre depuis fin 2024 confronté au défi de mobiliser une majorité improbable, de faire fonctionner le dialogue entre des forces aux intérêts contradictoires, de faire émerger des consensus…
Et d’ailleurs, François Bayrou a-t-il envie d’agir, d’introduire des changements dans le rapport au travail des Français, dans la place qu’il occupe dans leurs vies ? La fin du rapport du HCP donne un avant-goût de réponse à cette question : « Les constats dressés ici sur la crise du travail et ses ressorts structurels visent à éclairer le débat public, qui doit désormais être engagé et qui concerne les partenaires sociaux, les autorités publiques comme les actifs eux-mêmes. (…) Un diagnostic complet et objectif de cette crise doit précéder la définition d’une vision et de caps précis ». De fait, le rapport se borne à ces constats mais ne trace aucune perspective, ne formule aucune proposition ni aucun objectif de transformation… ce qui était pourtant dans le passé, la finalité du Plan.
Conclusions (provisoires…)
En octobre 2023, lors de la diffusion du rapport du HCP, François Bayrou répondait aux journalistes du Figaro qui s’étonnaient de l’absence de propositions par une formule sèche : « Nous ne sommes pas le gouvernement »[33]. Depuis, il l’est devenu… sans que cela change sa posture sur le sujet !
Et les urgences n’ont pas tardé à se présenter. Le premier « Himalaya » de difficultés s’est vite dressé sur la route de François Bayrou, le Pyrénéen. « Enfin, les ennuis commencent », disait-il quelques heures après sa nomination le vendredi 13 décembre au matin, plaçant cette dernière sous les auspices d’une autre victoire, celle de François Mitterrand au soir du 10 mai 1981[34].
Mais par rapport à son prédécesseur, le gouvernement de François Bayrou n’a pas réussi à cranter vers la gauche et s’est affaibli sur sa droite. Comme le dit le politologue Stéphane Rozès, ancien directeur général de l’institut CSA, dans un entretien au Figaro du 28 décembre 2024, « bien que plus expérimenté, il est encore plus fragile que le précédent ». Il n’a pas su davantage mobiliser le travail et l’entreprise pour redonner un souffle à un pays en attente.

Et pendant que le bateau Bayrou tangue sérieusement en attente du couperet du 8 septembre, la ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet a mené fin août des entretiens avec les partenaires sociaux pour préparer une négociation sur le travail. Elle tient également à enclencher d’ici le 8 septembre un processus de concertation sur les accidents du travail[35]. Ces approches auraient pu constituer un axe structurant de la réforme.
Il y a 10 ans, dans « Soumission », Michel Houellebecq imaginait déjà François Bayrou Premier ministre et en faisait le portrait suivant : « Le vieux politicien béarnais, battu dans pratiquement toutes les élections auxquelles il s’était présenté depuis une trentaine d’années, s’employait à cultiver une image de hauteur, avec la complicité de différents magazines ; c’est-à-dire qu’il se faisait régulièrement photographier, appuyé sur un bâton de berger, vêtu d’une pèlerine à la Justin Bridou, dans un paysage mixte de prairies et de champs cultivés ». Cette description est certainement injuste.
François Bayrou qui aime se situer dans la lignée de Pierre Mendès-France rappelle plutôt le comportement d’un autre homme politique de la IVème République[36]. Comme le fait remarquer Libération (15 juillet 2025), « François Bayrou connaît son Henri Queuille sur le bout des doigts » : « Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout ». Mais on peut aussi lui rappeler une autre formule, tout aussi cruelle, de celui qui fut 29 fois ministre et président du Conseil en 1948, puis 1950 et enfin en 1951 : « La politique consiste moins à résoudre les problèmes qu’à éliminer ceux qui les posent ».
Martin RICHER, consultant en Responsabilité sociale des entreprises, fondateur et président de
Management & RSE
Pour aller plus loin : « La grande transformation du travail ; crise de la reconnaissance et du sens du travail« , rapport du Haut-commissariat au Plan, octobre 2023
Cet article est une version augmentée d’une publication préliminaire de Martin Richer dans Metis : « Ce que François Bayrou pense du travail », 9 janvier 2025
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[1] La Tribune Dimanche du 23 mars 2025
[2] Episode relaté par L’Express du 19 décembre 2024
[3] « François Bayrou : ses idées sur l’économie et le social », Challenges, 19 décembre 2024, p. 24
[4] Laureline Dupont et Éric Mandonnet, « Macron-Bayrou, l’heure des tourments », L’Express, 23 janvier 2025
[5] La Tribune Dimanche du 23 mars 2025
[6] Cité dans Libération, 15 juillet 2025
[7] « François Bayrou a dépassé la longévité de Michel Barnier. Mais pour quoi faire ? », Huffington Post, 14 mars 2025
[8] Cité dans « Bayrou prépare son moment Mendès », La Tribune Dimanche, 15 juin 2025, p. 8
[9] « Bayrou condamné à surprendre », Le Figaro, 12 juillet 2025, page 4
[10] Batiste Morisson et Martin Richer, « Un bilan du CNR Travail : faire progresser le dialogue au travail », Note Terra Nova, 1 décembre 2023
[11] Voir sur ce point : Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire (INJEP), « Les chiffres clés de la jeunesse 2021« , page 19
[12] OCDE, Employment Outlook 2021
[13] « Les emplois vacants au 1er trimestre 2025 », étude de la Dares
[14] Le Figaro, 26 juillet 2025
[15] Lucie Oriol, « Pour sauver les finances publiques, François Bayrou veut faire travailler plus les Français », Huffington Post, 15 avril 2025
[16] « Valeur travail », le grand marché au plus, Libération, 2 mai 2025 , p.2
[17] Nicolas Sarkozy avait instauré le non remplacement d’un départ sur deux entre 2007 et 2012. François Bayrou a indiqué qu’il en résulterait 3.000 postes en moins dans la fonction publique. Pourtant, comme le turnover de l’État est d’environ 30.000 postes par an, 1/3 devrait donner 10.000 emplois supprimés. Interrogé sur le nombre de suppressions de postes de fonctionnaires prévu dans son plan, lors de son interview aux chaînes d’information continue depuis l’Hôtel Matignon du 31 août 2025, il s’embrouille dans les chiffres et se révèle incapable d’apporter une réponse précise.
[18] Cité dans le Huffington Post du 17 juillet 2025
[19] « Budget 2026 : Travaille-t-on vraiment trop peu en France ? », Libération, 19 juillet 2025, p. 8. Chiffres de Rexecode publiés en décembre 2024.
[20] Thibault Cruzet, « La situation sur le marché du travail au 2e trimestre 2025 », Dares, 27 août 2025
[21] Discours de politique générale de François Bayrou prononcé le 14 janvier 2025
[22] Episode rappelé par Le Figaro du 14 décembre 2024
[23] Discours de politique générale de François Bayrou prononcé le 14 janvier 2025
[24] Observatoire des territoires, « Se déplacer au quotidien : enjeux spatiaux, enjeux sociaux », 2019
[25] Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, espérait (vainement) avoir obtenu de faire muter cette dénomination en « conférence sociale ». La laïcité est un combat…
[26] Le Figaro, 18 mars 2025
[27] « ‘Je connais tous les risques, tous les pièges tendus, toutes les insécurités’ ; Entretien avec François Bayrou », Le Figaro, 28 février 2025
[28] Libération, 30 août 2025
[29] « Face à la dette Covid, une stratégie de reconquête », rapport du HCP, 24 février 2021
[30] « François Bayrou : ses idées sur l’économie et le social », Challenges, 19 décembre 2024, p. 24
[31] Sophie Thiéry et Jean-Dominique Senard, « Re-considérer le travail ; Rapport des garants ; Assises du travail », 18 avril 2023
[32] « Quand les sénateurs étrillaient le Haut-commissariat au Plan dirigé par Bayrou », Challenges, 13 décembre 2024
[33] « François Bayrou ausculte les mutations du travail », Le Figaro, 12 octobre 2023
[34] En fait, sa citation est inexacte puisqu’au soir de sa victoire, François Mitterrand a dit : « enfin les difficultés commencent ». L’écart entre « ennuis » et « difficultés » était peut-être un présage.
[35] Libération, 29 août 2025
[36] Rappelons que Pierre Mendès-France n’est resté que 7 mois à Matignon…


