Nos dirigeants sont-ils climato-sceptiques sans le savoir ?

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[ Mise à jour : 25 juillet 2023 Plusieurs enquêtes mettent en évidence un profond retard des dirigeants des entreprises françaises dans la prise en compte du réchauffement climatique. Ce retard préoccupant devrait être compensé par une meilleure appréhension de la part des Conseils d’administration, en charge du long terme et de la maîtrise des risques. Or, au contraire, la gouvernance ne joue pas son rôle sur ce plan. Exécutif et gouvernance marchent main dans la main… dans une impasse.

Depuis le succès des accords de Paris, signés en conclusion de la COP21 en décembre 2015 et entrés en vigueur en novembre 2016, ratifiés à ce jour par 194 Parties (soit 193 États et l’Union européenne), la succession des COP censées mettre en œuvre les accords scellés se concluent sur un bilan teinté d’échecs, ce qui met en évidence la difficulté du passage des engagements aux actes et à la mesure des impacts. Ce même écart existe au sein des entreprises et constitue l’enjeu majeur des années à venir pour les dirigeants : comment arrimer à l’entreprise les générations nouvelles de plus en plus exigeantes et attentives à la façon dont leur entreprise (actuelle ou future) aborde les enjeux environnementaux et sociétaux ; comment transformer ses modèles d’affaires et ses processus pour décarboner ses activités et celles de sa supply-chain ?

Les dirigeants et les Conseils d’administration peinent à intégrer le risque climatique : un sondage réalisé par l’IFA (Institut français des administrateurs) auprès de ses adhérents, en collaboration avec le cabinet Carbone 4, met en évidence une marge de progression considérable. Les chiffres doivent être appréciés à la lumière du profil des répondants (256 à 171 selon les questions), qui proviennent pour beaucoup de grandes entreprises (57% ont un CA supérieur à 500M€). Les résultats sur un échantillon plus représentatif par la taille des entreprises auraient été sans doute plus alarmants encore. En revanche, un motif de satisfaction est de voir l’IFA jouer pleinement son rôle de vigie, en attirant l’attention sur un gouffre entre la réalité d’un risque majeur, qui concerne les entreprises au premier chef, et sa faible prise en compte concrète dans les processus de management et de gouvernance.

Les dirigeants exécutifs n’ont pas pris les mesures à la hauteur de l’urgence du réchauffement climatique

Un premier chiffre qui laisse perplexe : malgré les accords de Paris, malgré le bruit médiatique, malgré leur sensibilisation aux enjeux climatiques, seuls 48% des répondants à l’enquête de l’IFA indiquent que la direction générale de leur entreprise a fixé des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre afin de diminuer son exposition aux risques de transition.

Les entreprises sont-elles bien armées pour réagir à cette menace ? Interrogés pour savoir qui est en charge du suivi des enjeux liés au changement climatique dans leur entreprise, 30% des répondants citent, sans surprise, la direction du développement durable. Mais il est inquiétant de constater l’effacement

  • de la direction de la stratégie (citée seulement par 14% des répondants), pourtant censée réfléchir aux enjeux de long terme et à la question cruciale du modèle d’affaires ;
  • celui de la direction des risques (8%), dont on attendrait une attention plus aiguisée à ce qui est identifié aujourd’hui par le rapport « Global Risks » du World Economic Forum, comme un risque systémique majeur ;
  • et plus encore de la direction générale (6%).

Ces données alertent sur la nécessité absolue d’élever le niveau stratégique de prise en compte de l’enjeu climatique.

Produit chaque année depuis 2006 à l’occasion du Forum de Davos par les grandes compagnies mondiales de réassurance et par le World Economic Forum, le « Global Risks Report », analyse et dimensionne les principaux risques qui menacent la planète. Dans ses dernières éditions, il présente les inégalités de richesses et les risques environnementaux (changement climatique, mais aussi crises de l’eau, environnements météorologiques extrêmes, etc.) comme les défis majeurs auxquels les dirigeants du monde – économiques comme politiques – doivent se confronter. Le diagnostic est clair et largement diffusé ; c’est bien la volonté d’agir qui fait défaut.

Les choses vont-elles changer ? Seuls 12% des répondants indiquent que leur Conseil a introduit des objectifs climatiques dans la rémunération variable des dirigeants. Vous avez la réponse…

Ces données de l’IFA confirment celles du « baromètre grandes entreprises » publié par Eurogroup Consulting en janvier 2019, qui a interrogé une centaine de grandes entreprises (entreprises du CAC 40 ou SBF 120 et entreprises non cotées). Il montre que le risque du réchauffement climatique n’est jugé préoccupant que par 24% des dirigeants des grandes entreprises françaises. Une proportion plus importante d’entre eux le trouve moyen et 33% encore l’estiment faible ! Vous avez bien lu.

Avec 24%, le réchauffement climatique apparaît à peine dans le radar des dirigeants français, tout en bas de leur liste de priorités.

Ainsi, les dirigeants sont beaucoup plus sensibles à d’autres risques comme le niveau de croissance (76% le jugent préoccupant, ce qui le place au premier rang), puis dans l’ordre, les risques juridiques et législatifs (nouvelles réglementations… pour 61%), les risques financiers (marchés, taux… pour 55%). En fait, avec 24%, le réchauffement climatique apparaît à peine dans le radar des dirigeants français, tout en bas de leur liste de priorités. Même des risques dont les menaces réelles étaient peu matérialisées à l’époque de cette enquête, comme la concurrence internationale (28%) ou l’inflation (31%) préoccupaient davantage les dirigeants !

On pouvait espérer que le temps fasse son œuvre et que la forte matérialisation du risque climatique (événements météorologiques extrêmes, réfugiés climatiques…) provoque une montée de cet enjeu dans le « radar » des dirigeants. Un regard au « baromètre grandes entreprises » publié par Eurogroup Consulting en janvier 2022 montre qu’il n’en est rien. Pour 2022, le risque sanitaire focalise l’attention des dirigeants interrogés (68%), ce qui se comprend, après deux ans de crise sanitaire, juste devant les risques cyber (53%) ainsi que les risques d’approvisionnements (49%) qui devancent largement les risques économiques et financiers, 10 points derrière (39%). Les risques environnementaux restent en queue des préoccupations avec 13%. A noter qu’un mois avant l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes, le risque géopolitique n’était que peu identifié…

Selon une autre source, la vague 2022 du baromètre OpinionWay BDO Challenges, la préoccupation principale des chefs d’entreprise est l’inflation à 65 %, bien avant les problèmes environnementaux qui plafonnaient auparavant aux alentours de 11 % et sont même descendus à 3 % (Challenges, 6 octobre 2022).

Fin juillet 2023, le baromètre des décideurs Viavoice pour HEC, Le Figaro et BFM Business, mettait l’accent sur la question de l’urgence climatique. De mon point de vue, les chiffres bruts (source des données : Le Figaro, 21 juillet 2023) mettent en évidence 4 problèmes consistants :

  • 1er problème : seulement 37 % des décideurs déclarent que des adaptations ont été mises en place dans leur entreprise pour s’adapter aux enjeux du réchauffement climatique.
  • 2ème problème : seulement 27 % des actifs répondent de même (donc : beaucoup de démarches restent invisibles aux yeux des salariés).
  • 3ème problème : 28% des décideurs déclarent que leur entreprise n’a pas mis en place des transformations ou adaptations et que « cela n’est pas une priorité ».
  • 4ème problème : personne n’en parle, ce constat reste dans l’angle mort du débat public.

 

La situation dans les PME et ETI est similaire

Les données et constats de l’IFA et d’Eurogroup s’appliquent aux grandes entreprises mais fort opportunément, bpifrance a produit en juillet 2020 une étude intitulée « Les dirigeants de PME-ETI face à l’urgence climatique », qui permet de mettre en évidence la similitude de la situation dans les petites et moyennes entreprises (PME) et dans les entreprises de taille intermédiaires (ETI).

Là aussi, les dirigeants de PME et ETI se déclarent informés du défi climatique : 90 % des dirigeants de PME-ETI disent s’informer sur les enjeux climatiques et environnementaux, dont 55% de manière active. Mais il s’agit d’une information « en surface », insuffisante pour pousser au diagnostic et encore moins à l’action. Ainsi, indique l’étude de bpifrance, « certains concepts sont encore mal appréhendés puisque lorsqu’on demande aux dirigeants s’ils maîtrisent certaines notions fondamentales sur le changement climatique (scénario 2°C, atténuation du changement climatique et neutralité carbone), un quart seulement affirme maîtriser parfaitement ces notions. Si la sensibilité à l’urgence climatique est bien présente chez les dirigeants interrogés, il reste une marge de progression importante en termes de niveau et de qualité d’information. C’est d’autant plus important que certaines notions comme la neutralité carbone les impactent directement ». Or, l’information est un point de passage obligé vers l’action. Ainsi, 65 % des dirigeants qui s’informent affirment avoir déjà intégré le climat dans leur stratégie, contre 19 % pour ceux qui ne s’informent pas.  De même, 68 % des dirigeants qui s’informent ont déjà mis en place des mesures d’adaptation, contre 47 % pour ceux qui ne s’informent pas. Mais ce point de passage n’est pas suffisant.

Le constat majeur qui ressort de l’étude réalisée par Bpifrance est le décalage entre la prise de conscience déclarée par les dirigeants de PME et ETI sur le défi climatique et le manque d’actions mises en place pour y remédier. Une écrasante majorité des dirigeants interrogés (80 %) considèrent que le changement climatique appelle à une réaction d’urgence et 86 % se sentent concernés par les objectifs mondiaux de baisse des émissions carbone. Près d’un tiers (31%) indique avoir déjà subi des impacts d’événements climatiques et environnementaux mais surtout, une large majorité des dirigeants enquêtés s’attend à des impacts concrets dans les années à venir : renforcement de la réglementation en matière de climat ou d’environnement (69 %), évolutions du marché (54 %). Et ils sont plus de 30 % à s’attendre à des évolutions technologiques et à des impacts physiques (respectivement 38 % et 32 %). Le changement climatique est donc déjà perçu, et même expérimenté et anticipé.

Pour autant, quand on interroge ces dirigeants de PME et ETI, l’impact du climat sur l’entreprise, et réciproquement, se classe à la dernière position de leurs enjeux stratégiques. Les écarts de jugement sont considérables : alors que 66% d’entre eux se déclarent préoccupés par l’évolution de la réglementation ayant un impact sur leur entreprise ou 36% par l’instabilité internationale, seuls 13% citent les impacts du changement climatique sur leur entreprise. De même, seuls 51% déclarent intégrer aujourd’hui l’enjeu climatique dans la stratégie de leur entreprise (majoritairement par des actions d’efficacité opérationnelle comme nous le verrons ci-dessous) et 32% déclarent suivre les sujets climatiques en interne. « Même si le chef d’entreprise sait qu’il doit agir, cela se traduit peu dans ses actions, » notent les analystes de bpifrance.

C’est également le cas si l’on examine leurs comportements de façon rétrospective : seulement 45 % des dirigeants de PME-ETI affirment avoir réduit leurs émissions ces dernières années alors qu’ils se déclarent très majoritairement informés des conséquences de l’inaction. Le fait de percevoir l’urgence climatique ne joue d’ailleurs pas fortement sur le passage à l’acte, puisque parmi ceux qui n’ont pas réduit leurs émissions carbone, les trois-quarts estiment qu’il y a quand même une urgence climatique.

Conséquence : peu d’actions climatiques d’envergure sont menées. La majorité (environ deux tiers des répondants) se focalise sur une optimisation de l’existant avec un retour économique certain (efficacité énergétique, baisse des consommations) et sur un investissement dans de nouvelles technologies. Ils sont 51 % à renouveler leurs équipements pour de nouveaux modèles qui consomment moins, et 49 % à gérer les eaux usées ou les déchets. Ils recyclent, réduisent l’usage de papier ou de plastique sur site, mettent en place des systèmes d’extinction automatiques de la lumière et de la climatisation. À l’inverse, des pratiques plus fondamentales telles que la sélection de fournisseurs sur des critères environnementaux (26 %) ou l’écoconception des offres et produits (22%), restent assez peu diffusées auprès des PME-ETI.

Par ailleurs, les dirigeants de PME et ETI sont peu nombreux à envisager un changement de business model comme un levier potentiel pour réduire leur empreinte : ils sont respectivement 12 % et 10 % à considérer cette option pour réduire l’empreinte carbone et l’empreinte environnementale. Pire, seuls un quart des dirigeants de PME et ETI (26%) ont déjà réalisé une évaluation des risques et opportunités. Cette proportion est toutefois deux fois plus forte parmi les entreprises de 250 salariés ou plus (51 %), potentiellement du fait d’obligations réglementaires. La mesure de son empreinte carbone est un point de départ pour atténuer son impact, mais seulement 16 % des répondants indiquent l’avoir fait, chiffre légèrement en hausse par rapport à l’étude de Bpifrance sur la RSE réalisée en 2018 (cette proportion était de 13 %). Là aussi, la fréquence de cette mesure augmente avec la taille de l’entreprise : 54% des dirigeants d’entreprises de 250 à 5000 salariés l’ont fait (contre 38% en 2018).

Cette étape essentielle du diagnostic est d’autant plus importante qu’elle est une voie d’orientation des actions : les dirigeants ayant déjà réalisé une évaluation des risques et opportunités sont presque deux fois plus nombreux à s’informer de manière active et également deux fois plus nombreux à avoir une perception plus aigüe des risques encourus. « Il ressort donc que cette évaluation est incontournable pour une PME ou une ETI qui souhaite mettre davantage le climat au cœur de sa stratégie, » indique Bpifrance.

 

Les dirigeants sont en retard sur la société

Cette position de retrait des dirigeants (des grandes entreprises comme des PME et ETI) vis-à-vis des enjeux du changement climatique contraste avec la prise de conscience de la part des citoyens, qui a beaucoup progressé. Interrogés sur les enjeux qui les préoccupent le plus « à titre personnel », les Français ont pour la première fois placé en tête la protection de l’environnement (52%), devant « l’avenir du système social » (48%) et « les difficultés en termes de pouvoir d’achat » (43%), selon le sondage annuel Ipsos sur «les fractures françaises» réalisé pour Le Monde (septembre 2019). Certes, c’était avant la crise de l’énergie et du pouvoir d’achat (liée à l’inflation) mais la crise sanitaire a eu pour effet de rehausser la sensibilité des citoyens français vis-à-vis des enjeux environnementaux. Compte tenu de ces bouleversements, il faudra surveiller les évolutions de long terme des priorités affirmées par les Français.

La thématique de l’environnement supplante pour la première fois les considérations matérielles et financières chez les citoyens, mais les dirigeants n’ont pas réalisé cette mue. Cet attentisme est d’autant plus paradoxal que la transition énergétique et écologique offre des perspectives importantes en termes d’activité, de nouveaux produits et d’innovations (voir : « Le développement durable contre l’emploi ? »).

Tant que la RSE ne sera pas enchâssée dans les process de management, elle restera lettre morte.

Si les principes et approches de la RSE se sont installées dans les esprits, elles ont du mal à pénétrer les pratiques de management. D’après une étude menée par le cabinet Kea & Partners, qui a recueilli l’avis des dirigeants eux-mêmes pour nourrir la réflexion des entretiens de Valpré (Écully, novembre 2019), près des trois quarts des dirigeants voient déjà leur rôle évoluer sous l’effet de la montée en puissance des questions de responsabilité. Ils sont ainsi 73 %, soit le taux de réponse le plus élevé, à devoir dorénavant intégrer la dimension de responsabilité sociale, sociétale et environnementale dans leurs décisions et projets. Les intentions sont donc louables… mais il y a un mais : l’étude montre aussi que très peu d’entre eux doivent rendre des comptes sur ces sujets, à tel point que seuls 26 % des PDG et 17 % des managers ont des objectifs chiffrés à remplir en la matière. Tant que la RSE ne sera pas enchâssée dans les process de management, elle restera lettre morte.

Le caractère stratégique de la RSE n’est pas toujours un acquis pour les dirigeants. « Les politiques de RSE sont encore davantage perçues comme une contrainte que comme un levier d’innovation, » nous indique l’enquête de Kea, qui ajoute : « Trop peu [de dirigeants] encore la voient comme un moyen de se singulariser et d’innover » (voir : « RSE : d’un modèle de conformité à la dynamique de compétitivité »). Le cabinet fait remarquer que les dirigeants associent peu l’exercice des responsabilités sociétales et environnementales à l’arbitrage entre le temps court et le temps long (20 %) et à la bonne gestion des équilibres face aux tensions qui peuvent se créer dans l’entreprise (19 %). Or, « ce sont clairement des enjeux clés face au rythme et à la complexité croissante des transformations auxquelles ils font face ». Ce sont aussi des composantes essentielles du management responsable (voir : « Management responsable ? »).

Enfin, la même étude illustre le caractère un peu attentiste des dirigeants questionnés sur les leviers de changement : ce sont les salariés qui sont considérés comme les premiers leviers de changement dans l’entreprise par les dirigeants, juste devant le PDG lui-même ! Suivent la société civile, puis les clients. L’État n’est considéré comme un levier de changement que pour 20 % des répondants. Les marchés financiers arrivent bons derniers et sont considérés, à l’inverse, comme les principaux freins à la mise en place d’une politique de RSE.

Pourtant, les acteurs du monde de la finance sont eux aussi impatients devant le manque de réactivité des dirigeants. Dans une interview au groupe de presse allemand RND, Werner Hoyer, Président de la Banque européenne d’investissement (BEI) , l’affirme clairement : « Il y a certains patrons de sociétés qui devraient se demander s’ils ne se sont pas endormis à la barre » de leurs entreprises, a-t-il dit, en soulignant que la lutte contre le réchauffement climatique rendait inévitable d’évoluer. Il a estimé en particulier que les constructeurs automobiles avaient mis trop de temps à passer du moteur à combustion polluant à des voitures électriques propres. Il était « parfaitement clair il y a 15 ans ou même 20 ans » que cette transition aurait « un impact considérable notamment sur les constructeurs automobiles », a-t-il dit. « Mais au lieu d’y faire face, de nombreux (industriels) n’ont pas réagi, et ont préféré attendre » (d’après Novethic du 24 décembre 2019, « Le patron de la BEI critique les patrons industriels qui se sont « endormis » face au changement climatique »).

La France est affectée d’un mal particulier, qui la distingue des autres pays développés : l’endogamie managériale.

L’une des causes de ce décalage entre les dirigeants et les salariés (ou la société civile) est désignée par des chercheurs en management comme « l’endogamie managériale ». D’après Peter Gumbel, auteur de « Elite Academy » (réédition en 2015), la France est affectée d’un mal particulier, qui la distingue des autres pays développés : 46% des dirigeants des plus grandes entreprises française, un peu plus de 500 personnes, sont issus de seulement trois écoles : l’X, l’ENA et HEC. Cette « consanguinité » est inégalée et ne se réduit pas. A l’inverse, en Grande-Bretagne, la part d’Oxford et de Cambridge dans les dirigeants de grandes entreprises est tombée de 60% en 1987 à 39%. Sur les 500 dirigeants des plus grands entreprises nord-américaines, seuls 65 ont fait Harvard (dont 11 seulement ont débuté par Harvard).

Une autre cause est ce que j’appelle « l’illusion technologique », c’est-à-dire la croyance, très répandue dans le monde des dirigeants français selon laquelle les innovations technologiques vont permettre, au dernier moment, même si on ne les voit guère apparaître aujourd’hui, de sauver la situation. L’étude de Bpifrance a mis l’accent avec subtilité sur cette croyance, pour expliquer le décalage entre la perception de l’urgence et le manque d’ampleur des actions : certes, il faudrait agir… mais tout cela provoquerait des remises en cause trop fondamentales, mieux vaut avoir confiance dans la providence – c’est-à-dire la technologie. « Une forte tendance technophile se dégage de nos répondants, » expliquent les analystes de Bpifrance. Les dirigeants sont une grande majorité (59 %) à voir la science et la technologie comme « la » solution face aux enjeux climatiques et environnementaux, sans pour autant trouver de réponses pour l’instant, contre 29% seulement qui ne sont pas d’accord.

Parmi les plus technophiles, on constate une surreprésentation des dirigeants les plus âgés, comme s’ils étaient plus enclins que les jeunes générations à trouver des raisons de ne pas agir. En effet, les dirigeants de plus de 65 ans sont trois fois plus nombreux (17%) que les dirigeants de moins de 40 ans (5%) à être tout à fait d’accord sur le fait que la technologie soit la solution face aux enjeux environnementaux ou climatiques. Il est rare de trouver de tels écarts entre générations. Ces dirigeants qui voient la technologie comme « la » solution sont sur-représentés parmi les classes d’âge les plus élevées mais aussi chez les hommes, les dirigeants qualifiés d’opportunistes, les entreprises situées les plus en aval de la chaîne de valeur (distribution, recyclage, réparation) et dans les secteurs du commerce et de l’industrie. Les dirigeants qui paraissent les plus éloignés des contraintes de transformation et d’approvisionnement, des centres techniques, et des centres de production de biens ou de services, sont les plus nombreux à envisager la technologie comme solution. À titre d’exemple, seuls 29 % des dirigeants issus des filières d’approvisionnement en matière première ou énergie attendent « la » solution d’innovations technologiques contre 82 % des dirigeants issus des filières de réparation. « Les plus technophiles le sont-ils parce qu’ils sont moins au fait des limites technologiques permettant d’agir ? Il est difficile de l’affirmer avec certitude ».

Or on sait que la technologie ne résoudra qu’une petite partie du problème. Le rapport spécial du GIEC de septembre 2019 (« Conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5°C par rapport aux niveaux pré-industriels ») a montré qu’au niveau mondial, les investissements annuels dans les technologies bas-carbone et l’efficacité énergétique dans tous les secteurs économiques devraient être multipliés par six à l’horizon 2050, pour atteindre 70 à 85 % d’électricité produite à partir d’énergies renouvelables en 2050 (contre 26 % en 2018). Dans un rapport conjoint, l’I4CE (Institute for Climate Economics) et Terra Nova ont montré que la technologie n’apportera que des réponses partielles (« Adaptation au changement climatique : comment passer à la vitesse supérieure », 18 octobre 2019).

Le retard des dirigeants est préjudiciable aux parties prenantes, y compris aux actionnaires

Le retard des dirigeants est préjudiciable aux salariés, aux clients, à la société civile, aux générations futures… mais aussi aux actionnaires. En retardant une sortie rapide de l’économie carbonée, les dirigeants pensent préserver leurs résultats mais créent un risque de dépréciation majeure de leurs actifs une fois l’impasse stratégique de leur modèle d’affaire constaté par « le marché », c’est-à-dire par les investisseurs.

Comme l’écrivent justement les analystes de bpifrance dans leur rapport sur « Les dirigeants de PME-ETI face à l’urgence climatique » (Bpifrance Le Lab, 8 juillet 2020), « la réduction de l’empreinte écologique est donc autant un enjeu de responsabilité environnementale des entreprises, qu’une question de pragmatisme économique à long terme de la part de leurs dirigeants ». Ils relèvent fort justement la décision du Conseil constitutionnel, en janvier 2020, qui a établi que la protection de l’environnement pouvait justifier des atteintes au sacro-saint principe constitutionnel de la liberté d’entreprendre.

Dans son rapport intitulé « La vague responsable – Le nouveau défi des entreprises françaises » (novembre 2019), le cabinet de conseil BCG montre que la maîtrise des émissions de CO2 justifie des multiples de valorisation plus élevés :

« Nos analyses nous ont permis de montrer une corrélation similaire [entre Responsabilité et performance financière] pour les entreprises émettant peu de CO2 dans différents secteurs industriels [chimie, mines, énergie, hydrocarbures] : une faible émission de CO2 comparée à la médiane est corrélée à des multiples de valorisation plus élevés, et inversement. Cette corrélation est plus significative statistiquement sur la période 2014-2018 que sur la période 2010-2013, et le premium de valorisation est également globalement plus élevé. Autrement dit, l’écart se creuse de plus en plus entre les entreprises les plus performantes et les moins performantes sur les aspects environnementaux ».

Cela signifie que même si les dirigeants ne se souciaient que de la rentabilité et de la satisfaction de leurs actionnaires, ils auraient intérêt à réduire leur empreinte carbone…

 

La posture des dirigeants français ne semble pas différente de celle de leurs pairs à l’international

Le Global Compact, une entité rattachée à l’ONU et le cabinet de chasseurs de têtes Russell Reynolds Associates se sont alliés pour enquêter auprès des CEO’s (les PDG) des grandes entreprises internationales. Leurs conclusions ont été publiées en juillet 2020 dans un rapport de synthèse (« Leadership for the decade of action ; A United Nations Global Compact-Russell Reynolds Associates study on the characteristics of sustainable business leaders »). Ce rapport met en avant le même décalage que celui que nous avons identifié pour la France : les grands dirigeants parlent beaucoup de développement durable et de responsabilité sociétale, mais bien peu mettent ces discours au cœur de leur stratégie. Alors que 92 % des CEO’s (dirigeants exécutifs)  affirment que l’intégration des enjeux de durabilité est cruciale pour la réussite de leurs affaires, ils ne sont plus que 48 % à effectivement les intégrer dans leurs opérations. Et ils ne sont plus que 21 % à penser que les entreprises ont un rôle à jouer dans l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD).

Dans le cadre de l’étude mentionnée ci-dessus sur les « sustainable business leaders », le cabinet Russell Reynolds qui connaît bien les dirigeants des grandes entreprises internationales pour participer à leur recrutement, a analysé plus de 4.000 fiches de poste utilisées pour le recrutement de nouveaux hauts dirigeants dans le monde. Le résultat est alarmant : dans seulement 4 % des cas, une expérience ou un goût pour le développement durable étaient requis.

Le titre de l’article de Novethic qui rend compte de ce rapport résume bien la tonalité de ce dernier : « Les grands patrons se révèlent incapables de transformer leur entreprise vers un modèle durable, selon le Pacte Mondial » (Novethic, 22 juillet 2020).

A contrario, l’étude des spécificités du profil de la minorité des CEO’s qui ont particulièrement réussi à conduire leur entreprise sur une trajectoire de durabilité révèle les facteurs suivants :

  1. Parcours international : 45% des dirigeants pionniers en matière de durabilité ont travaillé sur deux continents ou plus, contre 16% pour les dirigeants « standards ».
  2. Management de la complexité : capacité à connecter plusieurs niveaux d’information issues de tout l’écosystème de leur entreprise.
  3. Inclusion : capacité à inclure les parties prenantes dans la mise en œuvre de leur stratégie, sans se contenter de simplement les « gérer » ; compréhension des multiples points de vue des clients, employés, communautés locales, pour orienter leurs décisions et accroître la création de valeur.
  4. Innovation : pour eux, la transformation de l’entreprise passe par la disruption de son modèle.
  5. Vision de long terme, qui leur permet de ne pas passer à côté des opportunités liées à de nouvelles technologies ou de nouveaux marchés.

A la même époque, le cabinet de conseil en stratégie McKinsey publiait une synthèse sur l’impréparation des grandes entreprises vis-à-vis du risque climatique intitulée « Anticiper la crise d’après », intitulé qui suggère bien que la crise climatique va suivre celle de la Covid…  « Le risque climatique est présent à l’esprit d’une majorité de dirigeants économiques et politiques, mais sa perception reste souvent abstraite. (…) Peu d’acteurs sont en mesure d’évaluer avec précision leur degré d’exposition, ni de mettre en place des mesures efficaces pour le gérer ».

Et les experts de McKinsey ajoutent :

« Il y a pourtant urgence. Les travaux menés par notre cabinet, appuyé par le McKinsey Global Institute, ont mis en évidence l’impréparation préoccupante dans laquelle se trouvent nos sociétés, ainsi qu’un grand nombre d’entreprises et d’investisseurs. (…) Insuffisamment préparées, nos sociétés risquent de se trouver exposées à une potentielle crise systémique, qui n’épargnera aucun secteur d’activité ni aucune région du monde. (…) En effet, une telle crise s’étendrait via quatre canaux de propagation : les marchés financiers, les chaînes d’approvisionnement, les systèmes géophysiques et les mouvements de population. La récente pandémie du Covid-19 vient d’illustrer le caractère implacable de ce type de réactions en chaîne, dans le contexte d’interdépendance de nos sociétés et de nos économies mondialisées. (…)

Dans un premier temps, il faudra construire des outils d’analyse et de mesure de ce risque. (…) En parallèle, il sera nécessaire d’intensifier la préparation au risque climatique. Nos modèles économiques et sociaux devront être adaptés, en agissant sur quatre axes : protéger les personnes et les biens, renforcer la résilience, réduire l’exposition au risque, et mettre en place des financements et des outils d’assurance appropriés. (…) La crise du Covid-19 a démontré qu’un risque connu mais insuffisamment anticipé est un risque accru. En dépit de ses conséquences catastrophiques, tant sur le plan humain qu’économique, cette crise doit être saisie comme une occasion unique de reconstruire tout en réinventant, ou de concilier résilience et performance. »

 

La gouvernance ne joue pas son rôle de contrepoids

Ce retard des dirigeants peut s’expliquer par le jeu de contraintes qui les enserre. Une très intéressante enquête menée par Harris pour Aesio et le Mouves en mars 2019 a montré que 88% des dirigeants d’entreprise se déclarent prêts à changer certaines pratiques pour mieux prendre en compte des enjeux sociaux et environnementaux, mais seuls 5% accepteraient d’y consacrer plus que l’équivalent de 5% de leur chiffre d’affaires et 20% entre 3 et 5%[1].

Il faut aussi noter que le monde de l’économie au sens large et le monde de l’entreprise en particulier, se sont longtemps désintéressés de la question climatique (voir : « Le développement durable en pleine infox »). La question climatique n’est apparue que récemment dans le radar de la recherche académique, dans les thèmes traités par les médias, les priorités proposées par le débat public et les plateformes politiques. Le grand public éprouve des difficultés à s’informer correctement. Le sociologue Gérald Bronner rappelle dans l’hebdomadaire Elle du 30 juillet 2021, qu’on dit souvent qu’Internet a permis une démocratisation de la société, chacun pouvant s’exprimer, mais la vérité est que certains parlent beaucoup plus que d’autres. « Ainsi si vous allez sur Youtube et que vous cherchez des vidéos sur le climat, vous en trouverez plus de 50 % qui sont climatosceptiques ! C’est donner une visibilité disproportionnée à de l’antiscience ».

L’OCDE a publié une étude ambitieuse (40.000 personnes interrogées dans 22 pays) en juillet 2022, qui montre que si 81% des Français affirment que le changement climatique est un « problème important », nous sommes aujourd’hui parmi les plus climatosceptiques au monde. Ainsi, 37% des Français pensent que le changement climatique ne les « affectera peu ou pas du tout » (moyenne pays riches : 27%), seuls 57% pensent que le réchauffement est lié à l’activité humaine (plus faible score dans les pays riches) et près de 13% sont carrément climato-négationnistes (ils pensent qu’il n’y a pas de réchauffement), la proportion la plus élevée au monde avec les Etats-Unis et l’Australie (OCDE, « Fighting climate change: International attitudes toward climate policies »).

Contrairement à une idée très répandue, les jeunes ne sont pas mieux informés. Une étude d’Ipsos, publiée en novembre 2021, indique que 47 % des jeunes entre 18 et 35 ans pensent que la réalité du réchauffement climatique n’a pas été démontrée scientifiquement ! (l’Express du 25 mai 2022).

De ce fait, les dirigeants économiques n’étaient guère incités à faire preuve de capacités d’anticipation. Ce n’est que récemment, en 2011 que le risque climatique apparaît pour la première fois dans le classement des risques du Forum économique mondial de Davos (World Economic Forum, « The Global Risks Report », 2011 et 2022).

Mais face à ce désintérêt, on pourrait s’attendre à ce que le Conseil d’administration, dont le rôle est d’être le garant du long terme et de la maîtrise des risques, exerce un contrepoids. Or, il n’en n’est rien, bien au contraire. La gouvernance n’est pas plus proactive que l’exécutif : 81% des répondants à l’enquête de l’IFA disent qu’aucun des Comités qui gravitent au sein du Conseil n’est en charge du suivi des enjeux climatiques.

La prise de conscience ne se traduit pas par des actes concrets.

Il y a ici un paradoxe apparent car les administrateurs ont conscience de l’urgence : près de la moitié (46%) estiment que le risque est immédiat pour les entreprises, auxquels s’ajoutent 37% qui pensent que l’impact se situe à 3 à 5 ans. Mais la prise de conscience ne se traduit pas par des actes concrets. Ainsi, seuls quatre conseils sur dix (42%) examinent périodiquement les enjeux climatiques. Et lorsqu’ils le font, c’est à l’occasion de la mise à jour de la cartographie des risques dans 42% des cas, et (seulement) dans 25% des cas lors d’un séminaire stratégique. Une bonne pratique de gouvernance consiste à réaliser une analyse prospective de la résilience de l’entreprise dans des scénarios climatiques 2°C. Mais 93% des répondants confessent que ce type d’analyse n’a pas été présentée à leur Conseil. De même, 82% indiquent que leur Conseil n’a ni entendu ni consulté des experts externes sur le sujet.

Globalement, la prise en compte des enjeux climatiques par les entreprises n’est jugée bonne que par 10% des répondants et très bonne que par… 1%. Voilà qui a au moins le mérite de la lucidité !

Même une recommandation très générale comme celle incorporée au Code de gouvernance Afep/Medef dans sa révision de juin 2018, qui recommande que l’examen des comptes s’accompagne d’une présentation des risques « de nature sociale et environnementale » (para. 15.2) n’a été suivie pour l’exercice 2018 que par 51% des entreprises du SBF 120 et 56% de celles du CAC 40, d’après le 6ème rapport annuel du HCGE (Haut comité de gouvernement d’entreprise, rapport du 19 décembre 2019).

Pourquoi les administrateurs ne jouent-ils pas davantage leur rôle de contrepoids ? Il s’agit d’abord d’un phénomène social pour lequel il faudrait appeler à la rescousse le sociologue Pierre Bourdieu, auteur du très célèbre ouvrage « La distinction, critique sociale du jugement » (1979) mais aussi de « La noblesse d’État ; Grandes écoles et esprit de corps » (1989). Dans un autre article de ce blog (voir : « Administrateurs salariés : 6 opportunités en jachère »), j’ai montré les inconvénients de la grande homogénéité du profil des administrateurs en France (catégorie sociale d’origine, parcours de formation, expérience professionnelle,…). Même si la loi Copé-Zimmermann, qui a imposé un quota de 40% de femmes et la loi de sécurisation des parcours professionnels, qui a élargi la présence d’administrateurs salariés, ont commencé à diversifier ce collectif de travail qu’est le Conseil, ce dernier reste très homogène. Le poids plus important conféré aux administrateurs dits « indépendants », qui ne connaissent pas l’entreprise de l’intérieur mais partagent la maîtrise des techniques d’audit et le langage de la finance, a accru son orientation trop forte sur les enjeux financiers et de court terme. Les enjeux « extra-financiers » et de moyen ou long terme sont ainsi aux antipodes de la « zone de confort » de bien des administrateurs.

« La plupart des administrateurs de sociétés cotées persistent à ne pas voir le développement durable comme un sujet pour le Conseil » (Ceres).

Le résultat est malheureusement prévisible. Voici comment le résumait le CERES, une ONG dédiée à la transformation vers une économie plus soutenable, dans son rapport sur les compétences des administrateurs dans le monde vis-à-vis du développement durable, publié en 2017 (“Lead from the Top : Building Sustainability Competence on Corporate Boards”) : « Pour être clair, le chemin est encore long. Beaucoup de Conseils d’administration n’ont pas compris. Malgré un ‘business case’ très clair, la plupart des administrateurs de sociétés cotées persistent à ne pas voir le développement durable comme un sujet pour le Conseil ».

D’après un rapport du cabinet PWC publié en 2018 (“The evolving boardroom; Signs of change”), 53% des administrateurs estiment que l’intégration dans leur Conseil d’expertise en matière de développement durable n’est pas un objectif important. Pire : 39% pensent que le changement climatique ne doit « pas du tout » influer sur la stratégie de leur entreprise. Une section de ce rapport s’intitule ainsi : « les administrateurs sous-estiment l’attention portée par les investisseurs aux enjeux environnementaux ». On peut rappeler aussi le sondage « Board Survey » réalisé par BDO en 2018, qui montrait que 74% des administrateurs pensent que l’information publiées par les entreprises en matière de développement durable n’est pas importante pour comprendre leur métier ou pour aider les investisseurs à prendre des décisions informées.

A peine 22% des administrateurs sont capables d’expliquer comment l’entreprise crée de la valeur (McKinsey).

De même, le cabinet McKinsey a fait preuve d’un certain courage en critiquant fortement le manque de compétences concernant le long terme et la stratégie au sein des Conseils, en se fondant sur son enquête menée en 2013 auprès de 772 administrateurs : seuls 34% d’entre eux considèrent que le Conseil dans lequel ils siègent comprend vraiment la stratégie de l’entreprise qu’ils accompagnent ; à peine 22% sont capables d’expliquer comment l’entreprise crée de la valeur ; 16% seulement considèrent que leur Conseil assimile pleinement les enjeux sectoriels. Ces résultats, qui ont fait grand bruit lors de leur publication par le CEO de McKinsey dans la HBR (Dominic Barton and Mark Wiseman, « Where Boards Fall Short », Harvard Business Review, January–February 2015) ont malheureusement été un peu oubliés…

Espérons donc que les choses sont en train de changer grâce au recrutement de nouveaux administrateurs. Voyons donc l’avis de Heidrick & Struggles, un grand cabinet international de « chasseur de têtes », très actif pour identifier les futurs administrateurs dont les entreprises ont besoin. Dans son étude « Board Monitor Europe » (november 2019), il dresse les profils des administrateurs nommés en 2018 en France (CAC 40), en Allemagne (DAX 30) et au Royaume-Uni (FTSE 250) mais aussi celui de administrateurs irlandais (ISEQ), néerlandais (AX 25), portugais (PSI 20) et espagnols (IBEX 35). Rassurons-nous dans un premier temps : « Les grandes entreprises intègrent de plus en plus de nouvelles compétences au sein de leur conseil d’administration pour répondre aux nouveaux défis de leur marché, tels que l’internationalisation ou la digitalisation ». Mais inquiétons-nous aussi : « En revanche, la prise en compte de nouveaux risques systémiques, comme le changement climatique, reste encore très absente dans les recrutements d’administrateurs ».

Sur les difficultés des Conseils à jour leur rôle d’entraînement, on trouvera sur ce blog un approfondissement : « Climat : les Conseils d’administration sont loin du compte ».

 

Ce double retard se traduit en une trajectoire de transformation trop lente

Ce double retard, celui de l’exécutif et celui de la gouvernance, se traduit par des politiques de transition trop timorées. Les grandes entreprises françaises sont « à la traîne s’agissant de la neutralité carbone, » constate EcoAct dans son rapport sur les performances climat du CAC40. En 2019, 82 % des entreprises du CAC40 n’ont pas de stratégie de neutralité carbone. Seuls deux groupes (Atos et BNP Paribas) sont déjà neutres en carbone, sur leur périmètre opérationnel (hors chaîne d’approvisionnement). C’est moins bien que les grandes entreprises des indices américain, britannique et espagnol. Seulement 5 % du CAC 40 est neutre en carbone contre 6 % pour l’IBEX, 36 % pour le Dow 30 et 8 % pour le FTSE 100.

Il faut dire que les grandes entreprises viennent de loin. Une étude réalisée par EcoAct en 2017 sur la performance énergétique des entreprises du CAC40 révélait que si 100% des entreprises étudiées considéraient le changement climatique comme un enjeu majeur, seulement 13% compensaient leurs émissions et une seule était neutre sur la totalité de son activité.

Qu’en est-il des entreprises de taille plus modeste ? L’étude de Bpifrance montre que 73 % des dirigeants de PME et ETI affirment pouvoir réduire leurs émissions carbone dans les cinq prochaines années, mais seulement 13% déclarent pouvoir le faire « de manière importante » (contre 60 % qui pensent pouvoir les réduire « un peu »). Comment expliquer ce décalage entre la perception de la réalité climatique et la faiblesse de la réaction ? Les dirigeants invoquent plusieurs motifs, les trois principaux freins à l’action étant : les moyens financiers pour 49 % des répondants, mais aussi l’absence de solutions technologiques (32 %) et le manque de reconnaissance clients (29 %), avant le temps (23%) et le manque de compétences techniques (19%).

Plusieurs rapports officiels ont souligné le retard pris sur tous les fronts par la France en matière de transition énergétique.

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France sont reparties à la hausse depuis 2015, l’année même de la signature des Accords de Paris, notamment dans les secteurs des transports et des bâtiments. Plusieurs rapports officiels ont souligné le retard pris sur tous les fronts par la France en matière de transition énergétique, et ce dès avant la crise sanitaire du Covid. Le dernier rapport que consacre tous les quatre ans le ministère de la Transition écologique à l’état de l’environnement en France indique clairement que notre pays rejette toujours beaucoup trop de GES, en suivant une trajectoire « encore éloignée de celle qui permettrait de respecter les objectifs de l’Accord de Paris sans ruptures des modes de vie ».

Dans son second rapport publié en juillet 2020, le Haut conseil pour le climat (HCC) indique clairement que « la France n’est toujours pas sur la bonne trajectoire climatique pour atteindre la neutralité carbone en 2050 », objectif pourtant affiché par la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) adoptée par le gouvernement. Installé par Emmanuel Macron fin 2018, le HCC est la vigie de l’action climatique du gouvernement. Un an après un premier rapport sévère, elle n’hésite pas à revenir à la charge et interpelle le gouvernement pour que le plan de relance élaboré en réaction à la crise sanitaire s’insère dans les limites climatiques. Certes, les émissions de gaz à effet de serre de la France ont baissé en 2019, mais à un rythme très insuffisant (-0,9 %) pour être aligné avec la neutralité carbone en 2050. « Le réchauffement climatique induit par les activités humaines continue de s’aggraver, alors que les actions climatiques de la France ne sont pas à la hauteur des enjeux ni des objectifs qu’elle s’est donnés », résume le rapport. Et « la baisse temporaire des émissions de CO2 résultant du confinement (environ –13 % entre janvier et mai) ne répond pas aux enjeux de la transition bas-carbone et reste marginale par rapport aux efforts structurels à accomplir », ajoute l’instance. Le HCC condamne également le pilotage de la SNBC qui, dans sa dernière version, revoit à la hausse ses émissions de CO2 autorisés jusqu’en 2023, accentuant l’effort à fournir après cette date. Cela signifie qu’entre 2024 et 2028, il faudra baisser nos émissions de 63 millions de tonnes de CO2 équivalent, contre 41 millions prévus initialement, soit une baisse de 50 % supplémentaire. Un effort qui semble peu réaliste. À titre de comparaison, entre 2015 et 2018, nous avons réduit nos émissions de seulement 13 millions de tonnes…

Or, on sait que pour rester en dessous de 1,5°C d’augmentation, le monde doit réduire ses émissions carbone de plus de 6 % par an d’ici à 2030 (UNEP, Emissions Gap Report 2019). C’est une valeur équivalente à l’impact qu’aura eu la crise du Covid-19 en 2020 (Corinne Le Quere, « Temporary reduction in daily global CO2 emissions during the COVID-19 forced confinement », Nature Climate Change, mai 2020). Le respect des Accords de Paris nécessite une vraie remise en cause des modèles d’affaires des entreprises, des comportements des citoyens et des politiques publiques.

Serons-nous sauvés par la crise sanitaire ? Le rapport de l’ONU sur l’état du réchauffement climatique post Covid publié le 9 septembre 2020 conclut que « si de nombreux aspects de notre vie ont été bouleversés en 2020, le changement climatique quant à lui s’est poursuivi sans relâche ». Malgré le confinement de la moitié de l’humanité pendant des semaines, les concentrations de CO2 — au plus haut depuis 3 millions d’années selon l’ONU — ont continué à augmenter en 2020 ! António Guterres, Secrétaire Général de l’ONU, commentant le rapport et la faible motivation internationale face au problème, rappelle que « la menace climatique et bien plus grave que la pandémie ».

La France, malheureusement, n’a aucune leçon à donner au reste du monde. Elle dépasse la majorité des neuf seuils de comparaison établis pour la première fois dans ce rapport. Ses habitants relâchent chacun en moyenne 4,9 tonnes de CO2 par an, davantage que la moyenne mondiale (4,8 tonnes) et très au-delà des limites à respecter (entre 1,6 et 2,8 tonnes par an entre 2018 et 2100) pour rester sous les 2 degrés de réchauffement à l’échelle de la planète. Et bien entendu, si l’on ajoutait les émissions de GES liées aux produits que nous importons – ce qui ne manquerait pas de logique – notre situation apparaîtrait encore plus dégradée.

Si l’on élargit l’enjeu climatique à l’ensemble de la problématique du développement durable, on retrouve ce même décalage entre la prise de conscience et le passage à l’acte. L’un des outils (ou plus précisément, l’un des cadres d’action) qui a le plus bénéficié des communications officielles est les ODD (Objectifs de Développement Durable). Les 17 ODD, adoptés par les 193 pays membres des Nations Unies en 2015 et entrés en vigueur en janvier 2016, représentent les grands enjeux planétaires que la communauté internationale se donne pour objectif d’améliorer à l’horizon de 2030. Les Etats mais aussi les entreprises s’y réfèrent de plus en plus souvent pour orienter les politiques publiques et leurs stratégies de RSE et Développement durable. De fait, la troisième édition de l’étude du cabinet PWC qui analyse l’engagement du secteur privé vis-à-vis des ODD et leur intégration opérationnelle montre que 72% des entreprises interrogées au niveau mondial mentionnent les ODD dans leurs documents publics (document de référence, déclaration de performance extra-financière, ou rapport développement durable/RSE).

Seules 1% des entreprises interrogées mesurent concrètement leur performance par rapport à une cible ODD.

Mais notre enthousiasme doit être tempéré par d’autres informations plus opératoires : seules 65% des entreprises interrogées font référence à des ODD spécifiques. Plus significatif encore, elles ne sont que 14% à faire référence à une cible précise d’un ODD et à peine 1% mesurent concrètement leur performance par rapport à une cible (« SDG Challenge 2019 : Creating a strategy for a better world », PWC report, december 2019). Dans un monde où chacun rappelle que « ce qui ne se mesure pas ne se gère pas », voici une donnée fort inquiétante.

Pour une vision actualisée du retard des entreprises françaises face à la transition climatique, lisez cet article :

Climat : les entreprises au seuil de leur transformation environnementale

 

Et pourtant, penser que l’on peut se passer de l’impulsion des entreprises et de leurs dirigeants est un leurre

L’implication des entreprises est indispensable. Changer nos comportements individuels est positif mais ne suffira pas. Passage d’un régime carné à un régime végétarien, voire végétalien, actions liées à la mobilité (covoiturage, suppression des trajets en avion, modes de transport doux), à la consommation de biens et services (achat de vêtements, d’électroménager et d’appareils high-tech d’occasion, zéro déchet), au logement (thermostat, éclairage LED) : tous ces gestes ont un impact, qui peut être chiffré. C’est ce qu’a réalisé le cabinet Carbone 4, dans une étude publiée en juillet 2019.

Conclusion : même avec un comportement individuel qu’il qualifie d' »héroïque », c’est à dire le scénario dans lequel chaque Français aurait activé tous les écogestes possibles, et cela tous les jours de l’année, un Français ne peut espérer diminuer son empreinte carbone annuelle de plus de 25 %, alors qu’il faut la réduire de 80 % d’ici 2050 pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Le reste du chemin à faire « est aux mains des acteurs clés de notre environnement sociotechnique, à savoir les pouvoirs publics et les entreprises ». Dans un scénario qualifié de réaliste, qui implique une acceptation modérée des changements de comportements des individus, les experts de Carbone 4 considèrent que la part de l’engagement collectif représenterait environ les trois quarts de l’effort contre un quart pour les démarches individuelles.

L’engagement des entreprises passe d’abord par la conviction. Dans son étude, Bpifrance a interrogé les dirigeants de PME et ETI sur leur motivation principale pour adapter leur entreprise aux enjeux climatiques et environnementaux. Ils sont 67 % à déclarer qu’ils le font ou le feront par conviction (les auteurs appellent cette famille de dirigeants « les convaincus »), 23 % par opportunité (ce sont « les opportunistes ») et 10 % à le faire par contrainte (« les contraints »). Le niveau de conviction ne dépend pas de la taille de l’entreprise, ni de la dynamique d’activité, ni du genre du dirigeant (femme ou homme). Mais ce qui différencie ces trois familles, c’est le sens de l’urgence et la conscience de l’action : les dirigeants « convaincus » sont 90 % à considérer que le changement climatique appelle une réaction d’urgence, contre 64 % pour « les opportunistes » et 50 % seulement pour « les contraints ».

Par ailleurs, les « convaincus » considèrent, beaucoup plus que les autres dirigeants, l’entreprise comme un acteur majeur de la réponse à l’urgence climatique : c’est le cas pour 38 % d’entre eux, soit trois fois plus que « les contraints » (13 %), et 14 points de plus que « les opportunistes » (24 %). Alors que les actions enclenchées par les dirigeants se limitent le plus souvent à des mesures d’optimisation (économie matière, déchets,…), les « convaincus » sont plus nombreux à sélectionner leurs fournisseurs sur des critères environnementaux, à pratiquer l’écoconception ou à utiliser des énergies décarbonées, c’est-à-dire à enclencher des actions de fonds.

L’Etat a également un rôle majeur à jouer pour créer les incitations adéquates et orienter les investissements. La Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), le plan adopté par l’État en avril 2020 pour atteindre la neutralité carbone en 2050 se base notamment sur un système de plafonds nationaux d’émissions de gaz à effet de serre – « budget carbone » – à ne pas dépasser, lesquels plafonds sont fixés par décrets et revus tous les cinq ans. Elle fait l’objet d’un suivi reposant sur un tableau de bord de 184 indicateurs et sur une revue régulière de la prise en compte des recommandations de la stratégie dans les politiques publiques. C’est un outil de référence indispensable pour les entreprises puisqu’elle permet de matérialiser la trajectoire de réduction des émissions secteur par secteur, en termes d’évolution technique, réglementaire, ou fiscale. Cela dessine un chemin qui se traduit en besoins d’investissements, en potentiels d’emplois et d’innovation comme le montrent les travaux du Panorama des financements climat. Alors que les dirigeants de PME et ETI ont souvent une demande de « moins d’Etat », l’étude de Bpifrance montre que l’intervention des pouvoirs publics est le première mesure qu’ils souhaitent pour les aider dans leur transition climatique. Les trois attentes les plus fortes qu’ils expriment sont toutes tournées vers les pouvoirs publics : d’une part, des incitations financières, sous forme de subventions (64 %) ou d’aides fiscales (59 %) et d’autre part, des évolutions réglementaires (49 %).

Les dirigeants de PME-ETI attendent aussi beaucoup des clients : 29 % estiment que leurs actions sont limitées par le manque de reconnaissance de ces derniers.

Enfin, le rôle de l’Europe est également déterminant. Avec le « Green deal » (Pacte vert), elle fixe les ambitions (réduction de 55 % des émissions d’ici 2030), elle donne le tempo et met les Etats membres sous tension.

La reconnaissance du retard ne doit pas se transformer en incitation à l’inaction mais au contraire, constituer une stimulation pour accélérer. Comme le dit Laurent Fabius, qui avait scellé l’accord de Paris en 2015, dans une interview au journal du dimanche du 24 octobre 2021, le risque majeur serait de passer du climato-scepticisme au climato-fatalisme.

 

Conclusion (provisoire)

Les entreprises sont un problème mais elles sont surtout une solution. Au fil de cet article, nous avons identifié sept facteurs qui expliquent pourquoi la prise de conscience ne se traduit pas en actions :

  1. Une information de surface et le manque de formation des dirigeants sur les questions environnementales (climat, pollutions, biodiversité…) ;
  2. Le manque de hauteur stratégique du sujet et l’insuffisance d’identification des opportunités ;
  3. L’illusion technologique ;
  4. L’absence d’un diagnostic précis, entreprise par entreprise ;
  5. Le poids de la contrainte financière et du court terme ;
  6. L’endogamie managériale ;
  7. Le relatif effacement des conseils d’administration sur ce sujet pourtant crucial pour eux.

 

A cela, on peut ajouter quatre éléments fondamentaux sur lesquels travaillent les économistes et qui sont beaucoup plus difficiles à adresser au niveau des entreprises. Ils nécessitent l’intervention des Etats, voire de structures supranationales (Union Européenne, Nations Unies…) :

  1. La tragédie des horizons, théorisée par l’ex gouverneur de la Banque d’Angleterre Mark Carney dans un célèbre discours à la Lloyd’s fin septembre 2015, qui renvoie au fait que les plus grandes catastrophes climatiques interviendront à une échéance qui dépasse nos horizons habituels de décision. D’où la nécessité de jalonner la transformation avec des échéances rapprochées (ne pas se contenter de se prétendre « neutre en carbone » à horizon 2050 !) et d’intégrer des indicateurs climat dans la rémunération variable des dirigeants.
  2. La tragédie des communs, théorisée par Elinor Ostrom (prix Nobel d’économie 2009), qui illustre le fait que les ressources naturelles et les écosystèmes sont laissés à une utilisation gratuite et sans limite, sans considération des intérêts des générations futures et de la planète. D’où l’idée, dans la lignée des travaux d’Arthur Pigou en 1920, d’instaurer une taxe carbone, qui permet de réinjecter un signal prix.
  3. Le syndrome du passager clandestin, théorisé par Paul Samuelson, par lequel chacun a intérêt à la fois à la résolution du problème et à sa non-implication dans cette résolution. D’où l’importance de donner un prix au carbone et de protéger les frontières de l’Union européenne par une taxe carbone.
  4. L’aveuglement de nos systèmes de comptabilité, toujours incapables d’incorporer le coût des capitaux humains et naturels. D’où la nécessité de développer les indicateurs dits « extra-financiers » et les systèmes comptables en triple capital (voir : « Pas d’extras pour l’extra-financier« ).

Pour comprendre pourquoi l’action des dirigeants n’est pas à la hauteur des enjeux, il faut méditer cette phrase de Paul Valéry : «Quand un homme ou une assemblée, saisis de circonstances pressantes ou embarrassantes, se trouvent contraints d’agir, leur délibération considère bien moins l’état même des choses, en tant qu’il ne s’était jamais présenté jusque-là, qu’elle ne consulte des souvenirs imaginaires ». Nous sommes conditionnés à réagir par similitude avec des événements passés mais dans le cas présent, nous sommes confrontés à une vertigineuse absence de précédents.

Qui a dit : « Par son insouciance pour l’avenir et pour ses semblables, l’homme semble travailler à l’anéantissement de ses moyens de conservation et à la destruction même de sa propre espèce ».

GIEC 2022 ?

Non, Lamarck 1820.

Notre insouciance serait-elle un trait de la « nature humaine » ?

La réalité est que nous n’avons plus le choix, collectivement, d’attendre. Il faut que chacun prenne ses responsabilité, Etats, citoyens, collectivités territoriales et entreprises. Il faut que les dirigeants et les comportements des entreprises changent. Il faut dès aujourd’hui s’attaquer aux obstacles identifiés ici.

 

Martin RICHER, consultant en Responsabilité sociale des entreprises,
Management & RSE

 

Pour aller plus loin :

Lisez la suite de cet article : « Climat : les Conseils d’administration sont loin du compte ».

Téléchargez la restitution de l’IFA : “Le rôle du Conseil d’administration dans la prise en compte des enjeux climatiques ; sondage réalisé par l’IFA auprès de ses adhérents, en collaboration avec le cabinet Carbone 4 », Novembre 2019

Consultez le « Baromètre grandes entreprises, 12ème édition », Eurogroup Consulting, janvier 2019 ; 15ème édition, janvier 2022

« Les dirigeants de PME-ETI face à l’urgence climatique », Bpifrance Le Lab, 8 juillet 2020. Cette étude est étayée par une enquête quantitative auprès de 1.006 dirigeants de PME et ETI (qui ont répondu entre janvier et mars 2020 ; chiffre d’affaires compris entre 2 millions et 1,5 milliard d’euros)

Karim Tadjeddine, Hamid Samandari, Sébastien Léger, Clarisse Magnin et Dickon Pinner, « Anticiper la crise d’après ; Agir face au risque climatique », contribution de McKinsey aux 20èmes Rencontres économiques d’Aix en Seine, 3 juillet 2020 https://www.mckinsey.com/fr/our-insights/anticiper-la-crise-dapres

« Faire sa part ? Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l’Etat face à l’urgence climatique », rapport du cabinet Carbone 4, 21 juin 2019

Le numéro spécial du MagRH (No 8, novembre 2019) donne un panorama large de la RSE. A la demande de la rédaction, Martin Richer en a réalisé l’édito, dont cet article est partiellement tiré. Vous pouvez télécharger cette « bible de la RSE » (200 pages, 70 contributeurs) en cliquant ici (fichier PDF) 

 

Crédit image : La Une du quotidien Le Monde du 14 novembre 2017… il y a plus de cinq ans.

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[1] « Enquête auprès des dirigeants d’entreprise autour de la prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux », mars 2019

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2 Responses

  1. La composition de la plupart des conseils d’administration parle d’elle-même. A quand des profils plus variés (moins financiers) dans les conseils pour avoir un éclairage financier ET extra-financier sur les prises de décision majeure…

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