CPF : Quand l’exécutif s’ingénie à casser son dispositif… sous prétexte qu’il marche !

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Dans une interview au Journal du Dimanche du 18 décembre 2022, intitulée « je suis déçue et inquiète », Muriel Pénicaud, ancienne ministre du travail, explique pourquoi la décision de faire payer une partie du CPF (compte personnel de formation) par les salariés est une grave erreur.

Le 10 décembre 2022, le gouvernement déposait un amendement au projet de loi de finances instituant un « reste à charge » pour les salariés utilisant leur CPF. Dans le JDD du 18 décembre 2022 Muriel Pénicaud, qui avait beaucoup soutenu la création du CPF à l’occasion de la loi de 2018 « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel » qu’elle a portée, décrit cette décision comme « une erreur sociale et économique ».

L’exécutif cherche à faire des économies sur un dispositif victime de son succès. En effet, 5 millions de personnes ont été formées depuis 2019, pour un coût total de presque 7 milliards d’euros. Mais surtout, 90 % des bénéficiaires du CPF sont des ouvriers et des employés et 50 % sont des femmes. C’est donc que le dispositif fonctionne : il atteint les publics visés, les plus éloignés de la formation.

« Avant le CPF, 80 % des Français qui se formaient étaient des cadres, » explique l’ancienne ministre. « Les autres restaient coincés dans des trappes à bas salaire faute de qualification pour pouvoir s’élever. Aujourd’hui, il faut encore six générations pour basculer de l’extrême pauvreté à la classe moyenne ». Un reste à charge de 15 à 30% comme évoqué par l’exécutif restera très supportable pour les plus aisés mais risque de placer les plus modestes à nouveau dans une impasse.

Elle pose la question : « Pourquoi faudrait-il financer des droits acquis par son travail, accumulés tout au long de sa vie ? ». Et elle y répond : « Le reste à charge est un contresens, à rebours de la marche de l’Histoire et des besoins de compétitivité du pays ».

On ne peut être plus claire.

(interview par Emmanuelle Souffi)

Martin RICHER, consultant en Responsabilité sociale des entreprises,
Management & RSE

Pour aller plus loin :

Consultez « RSE et emploi : Construire les compétences, développer l’employabilité »

Note : Le groupe Galileo Global Education, qui pratique depuis quelques années une politique de croissance en rachetant de nombreux organismes de formation en France et à l’étranger (Paris School of Business, ESG Finance, le Conservatoire libre du cinéma français, Le Cours Florent, etc.), a annoncé en novembre 2022 l’arrivée de Muriel Pénicaud au sein de son conseil d’administration.

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