Malaise dans le management

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« Malaise dans le management » : sous ce titre, Brigitte Nivet a publié un article intéressant dans le livre coordonné par Emilie Bourdu, Michel Lallement, Pierre Veltz et Thierry Weil intitulé « Le travail en mouvement ». Ce livre rend compte des échanges réalisés lors d’un des fameux colloques de Cerisy.

Il faudra que je trouve le temps de vous en parler plus longuement car cet ouvrage, qui réunit les contributions de chercheurs de différentes disciplines, de praticiens d’entreprise, d’acteurs syndicaux et de responsables d’organismes internationaux, mérite qu’on s’y arrête. Plusieurs thèmes sont abordés avec une grande richesse de points de vue : le travail à travers les mots, les chiffres et les représentations, les nouvelles formes d’organisation du travail à l’heure du numérique, l’autonomie et la responsabilisation dans l’entreprise dite « libérée », les nouvelles régulations juridiques du travail et de l’emploi, le dialogue social international, les expérimentations territoriales en matière d’emploi… En attendant, vous pouvez trouver dans la section « pour aller plus loin » au bas de cet article, des liens vous permettant d’en consulter le sommaire et des extraits.

Mais revenons à l’article de Brigitte Nivet, chercheuse au laboratoire de recherche en management Clermont Recherche Management (CleRMa) et chercheuse associée au Céreq. L’auteure effectue une synthèse de différentes hypothèses explicatives de ce fameux malaise qui affecte les managers.

Un premier facteur explicatif tient à la difficulté des managers d’analyser leur propre situation à la lumière des sciences sociales, qui constituent une clé de compréhension très utile mais peu accessible du fait de la formation qu’ils ont suivie qui ne les a pas familiarisés avec cette ressource. Le point de vue de Brigitte Nivet sur la formation des managers est nourri par ses activités d’enseignement de la GRH et du management au sein du Groupe ESC Clermont, qu’elle a rejoint en 2005, après avoir consacré vingt années au service du développement des personnes et de l’accompagnement RH des entreprises.

On peut aussi mettre en avant les caractéristiques génériques de la population des managers, autrefois un corps social très homogène mais qui, avec l’augmentation du taux d’encadrement, s’est progressivement beaucoup diversifié.

Les managers se trouvent aussi confrontés à un faisceau d’injonctions contradictoires, adossées à la confusion entre trois modèles de management qui coexistent aujourd’hui dans les entreprises mais font appel à des compétences (hard et soft skills) très différentes :

  1. Le modèle instrumental du gestionnaire, fruit de la tradition de Taylor, de Fayol et de l’OST (organisation scientifique du travail).
  2. Le modèle du leader charismatique, teinté d’une vision d’héroïsme et de romantisme et incarné notamment par les grands dirigeants de l’économie numérique.
  3. Le modèle, très populaire aujourd’hui, du manager-coach, qui intervient en soutien des collaborateurs mais nécessite une profonde transformation des organisations du travail et des modes de management traditionnels. Dans ce dernier modèle le rôle du manager et parfois ravalé à un rôle négatif d’un corps intermédiaires sans réelle valeur ajoutée, qui empêcherait les collaborateurs de révéler leurs talents (voir : « L’entreprise libérée est-elle socialement responsable ? »).

Comme l’écrit justement Brigitte Nivet, « la superposition ou l’interpénétration de ces modèles mal articulés finit par engendrer une forme de désarroi, chaque manager étant obligé de ‘bricoler’ entre ces prescriptions contradictoires dans son vécu professionnel, sans disposer des espaces de débat où il pourrait parler de ses propres difficultés ».

J’espère vous avoir mis en appétit pour consulter l’article que vous pouvez télécharger ici (fichier PDF).

Que faire ?

La confusion des modèles managériaux relevée par l’auteure me semble extrêmement pertinente pour expliquer le désarroi managérial. De mon côté, j’ai essayé d’en cerner les multiples causes et manifestations (voir : « Etre manager aujourd’hui : de l’indi-gestion à l’indigence »).

C’est pourquoi je mets en avant plusieurs pistes de solution.

  1. D’abord l’exigence de faire un bilan sans concession du management pour en déterminer les points faibles mais aussi les points forts. À contre-courant des préceptes de l’«entreprise libérée», je remarque que les organisations qui ont fortement investi sur la qualité de leur management on obtenu un retour sur cet investissement en termes de qualité, productivité et efficacité du travail (voir : « Return on Management : ce que votre DAF doit savoir sur la performance»).
  2. Un outil simple comme la charte managériale, élaborée de façon participative, permet de se mettre d’accord sur le lien dirigeant-manager et sur le lien manager-collaborateur, sur les attentes et les attendus vis-à-vis des managers de la part des dirigeants comme de la part des collaborateurs. Cette approche permet de hiérarchiser les tâches dévolues au management et de réorienter ce dernier vers des fonctions à forte valeur ajoutée, notamment le soutien professionnel des collaborateurs.
  3. Enfin les espaces de discussion sur le travail doivent inclure la dimension managériale à double titre : d’abord les managers doivent être embarqués dans l’ingénierie des groupes de discussion, ce qui redonne beaucoup de sens à leur fonction ; ensuite les managers doivent disposer de leur propre espace de discussion, qui leur permet d’échanger entre eux, de se soutenir et de se conforter mutuellement, d’améliorer ensemble leurs pratiques de management (voir : « L’expression des salariés au travail : 7 bonnes pratiques pour réussir »).

Martin RICHER, consultant en Responsabilité sociale des entreprises,

Management & RSE

Pour aller plus loin :

Brigitte Nivet, « Malaise dans le management », in Emilie Bourdu, Michel Lallement, Pierre Veltz et Thierry Weil (dir.), « Le travail en mouvement – Actes du colloque de Cerisy », Presse des Mines, avril 2019

Téléchargez le sommaire et des extraits du livre « Le travail en mouvement » depuis le site de La Fabrique de l’Industrie

Suivez une interview de Brigitte Nivet sur Xerfi Canal

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Une réponse

  1. Les managers francais, qui furent des figures centrales des organisations, sont en crise. De quoi ce malaise est-il le nom ?

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