Regards croisés entre Gérard Schoun, entrepreneur et expert de la RSE et Martin Richer, fondateur et président de Management&RSE, enseignant à la Sorbonne.
Martin Richer : Tu évoques souvent dans tes ouvrages les textes fondateurs des principales religions pour retrouver les sources de la RSE. C’est ta foi qui te pousse à le faire ?
Gérard Schoun : Dieu n’existe pas, il me l’a dit. Je ne suis donc ni croyant ni pratiquant. Mais très marqué par la culture catholique.
MR : Pour toi, le Catholicisme aurait joué un rôle particulier dans le développement de la RSE ?
GS : Oui même si les racines protestantes semblent plus explicites. Dès la fin du XIXème, les dirigeants américains les plus fortunés se sentent investis d’une responsabilité morale qui les incite à développer des actions philanthropiques. Carnegie par exemple, immigrant écossais dont la fortune est l’un des symboles du rêve américain, publie en 1889 un document de référence en matière de philanthropie. Dans son « The gospel of wealth » (évangile des riches), il considère qu’il est du devoir des riches hommes d’affaire de mener une vie non ostentatoire et que les surplus de richesses dont ils bénéficient doivent être gérés et redistribués en vue de l’intérêt public.
Au cours de la première moitié du XXème siècle, cette responsabilité morale est progressivement détachée de l’individu pour s’étendre à l’entreprise. Les concepts protestants de public service, et de stewardship stipulent que tout propriétaire dirigeant a le devoir de satisfaire les besoins de la société dans son ensemble, dans la mesure où il doit répondre de ses actes devant Dieu et la société. Il doit honorer ce contrat implicite. Mais la religion catholique a joué un rôle. Elle a inspiré indirectement les premiers penseurs protestants de la RSE, ainsi qu’une certaine forme de paternalisme industriel au XIXème siècle.
MR : Dans la sphère académique, on connaît surtout l’économiste Howard Bowen, directeur du département d’économie à l’université de l’Illinois, qui est le fondateur de la Responsabilité sociétale des entreprises. En 1953, il publie « Social Responsibilities of the Businessman ». Cet ouvrage fait partie d’une série de travaux dédiés à l’étude de l’éthique chrétienne dans la vie économique. Imprégné de foi religieuse, Bowen considère l’entreprise comme un être moral devant assurer le bien-être de ses travailleurs, de leur famille et de la communauté. La fondation Rockefeller contribue au financement de l’ouvrage, qui est une commande du Federal Council of the Churches of Christ in America. La commande adressée à Bowen s’intitulait d’ailleurs : « L’éthique chrétienne et la vie économique ». Dans les sphères économiques et politiques, les principaux défenseurs de ces concepts sont de grands dirigeants comme Chester Barnard, Henry Ford, Alfred Sloan, ou encore les dirigeants de la General Electric Company, notamment Owen Young, qui a théorisé la notion de partie prenantes dès les années 1930.
GS : On peut remarquer l’importance de la figure du businessman. C’est l’entrepreneur, plutôt que l’entreprise, qui s’engage. C’est toujours vrai aujourd’hui. Bill Gates est un grand philanthrope via sa fondation ; Microsoft fait du business. Néanmoins, ces travaux ont donné aux Protestants un corps de doctrine équivalent à celui que l’Eglise Catholique avait préalablement développé. Ce dernier est plus ancien que les sources protestantes. Il date de la fin du XIXème siècle. La Doctrine Sociale de l’Eglise est inscrite dans trois encycliques de référence. D’abord dans l’Encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII en 1891. Une forme de réponse au Manifeste du Parti Communiste de 1847.
MR : La dignité de l’homme et la noblesse du travail sont mises en avant (RN, n° 16) : « Quant aux riches et aux patrons, ils doivent ne point traiter l’ouvrier en esclave, respecter en lui la dignité de l’homme, relevée encore par celle du chrétien… Ce qui est honteux et inhumain c’est d’user des hommes comme de vils instruments de lucre et de ne les estimer qu’en proportion de la vigueur de leurs bras ».
La notion de juste salaire (RN, n° 34) apparaît également. Le salaire constitue le principal élément de la dignité de l’ouvrier. A défaut de fixer le principe d’un salaire minimum, l’Eglise s’attache à la négociation salariale entre le patron et l’ouvrier. « Parmi les devoirs principaux du patron, il faut mettre en premier rang celui de donner à chacun le salaire qui convient… il est une loi de justice naturelle à savoir que le salaire ne doit pas être insuffisant à faire subsister l’ouvrier sobre et honnête ».
La reconnaissance des organisations syndicales n’est pas oubliée (RN, n° 38). « Mais la première place appartient aux corporations ouvrières qui, en soi, embrassent à peu près toutes les œuvres ». Pour négocier, le syndicat doit être reconnu et l’Etat ne doit pas faire obstacle au droit d’association.
« Les sociétés privées n’ont d’existence qu’au sein de la société civile dont elles sont comme autant de parties. Il ne s’ensuit pas cependant à ne parler qu’en général et à ne considérer que leur nature, qu’il soit au pouvoir de l’Etat de leur dénier l’existence. Le droit à l’existence leur a été octroyé par la nature elle-même, et la société civile a été instituée pour protéger le droit naturel, non pour l’anéantir ».
GS : Mais l’encyclique était aussi critique à l’égard des syndicats.
MR : En effet, l’Eglise catholique appelle les organisations syndicales à des comportements moins corporatistes. « Aujourd’hui, les générations sont plus cultivées, les mœurs plus policées, les exigences de la vie quotidienne plus nombreuses. Il n’est donc pas douteux qu’il faille adapter les corporations à ces conditions nouvelles. Aussi, nous voyons avec plaisir se former partout des sociétés de ce genre, soit composées des seuls ouvriers, soit mixtes, réunissant à la fois des ouvriers et des patrons. Il est à désirer qu’elles accroissent leur nombre et l’efficacité de leur action ».
Le développement d’une solidarité agissante (RN, n° 15, 16, 18) est un autre des grands principes de la RSE de l’Eglise Catholique. Là où Marx ne voit que la lutte des classes, Léon XIII propose « une véritable amitié ». « C’est là une aberration telle qu’il faut placer la vérité dans une doctrine complètement opposée. Les classes ont un impérieux besoin l’une de l’autre : il ne peut y avoir de capital sans travail, ni de travail sans capital… ». L’Eglise propose un corps de préceptes plus complet, parce qu’elle ambitionne de resserrer l’union des deux classes jusqu’à les unir l’une à l’autre par les liens d’une véritable amitié.
GS : Un autre passage sur l’esprit de propriété (RN, n° 33, 38) contient les fondements du capitalisme populaire. « En premier lieu, il faut que les lois publiques soient pour les propriétés privées une protection et une sauvegarde. Il importe donc que les lois favorisent l’esprit de propriété, le réveillent et le développent autant qu’il est possible dans les masses populaires ».
Ainsi, la Doctrine Sociale de l’Eglise a inspiré de nombreuses pratiques façonnant un modèle de gestion que l’on peut considérer rétrospectivement comme la matrice de la RSE.
L’encyclique Quadregesimo Anno de Pie XI en 1931 tient compte d’un contexte historique et économique qui a évolué. L’économie d’entreprise gagne toute la planète. Le capitalisme démontre sa puissance et ses limites. Les périodes de crise succèdent aux périodes de croissance. Face à un communisme orthodoxe en Union Soviétique, un autre socialisme apparaît en Europe, plus réformiste que révolutionnaire, et plus souple à l’égard du droit de propriété.
La première préoccupation de Pie XI (QA, n° 100) consiste à réinsérer l’ordre économique dans l’ordre moral. « S’il est vrai que la science économique et la discipline des mœurs relèvent de principes propres, il y aurait néanmoins erreur à affirmer que l’ordre économique et l’ordre moral sont si éloignés l’un de l’autre que le premier ne dépend d’aucune manière du second ».
MR : La justice sociale (QA, n° 149) est mise en exergue. Elle « doit pénétrer les institutions… et doit se manifester par la création d’un ordre juridique et social qui informe en quelque sorte toute la vie économique ». Ce nouvel ordre implique un changement de posture des chefs d’entreprise : « Les dirigeants trop longtemps indifférents au sort de leurs frères moins fortunés leur donneront des preuves d’une charité effective » (QA, n°202).
Le concept de juste salaire (QA, n° 131, 135) est renforcé. « On doit payer à l’ouvrier un salaire qui permette de pourvoir à sa subsistance et à celle des siens … il importe que les travailleurs puissent, une fois couvertes les dépenses indispensables, mettre en réserve une partie de leurs salaires afin de se constituer une modeste fortune ». Il est intéressant de constater que cette idée de pouvoir se constituer une petite épargne de précaution est reprise dans la définition du salaire décent par l’Organisation Internationale du Travail (OIT).
Les concepts d’intéressement et de participation (QA, n° 126) sont introduits. « La prise en compte des besoins de la famille et des possibilités d’épargne s’accompagne également d’une participation des ouvriers et des employés à la propriété de l’entreprise, à sa gestion, aux profits qu’elle apporte ».
GS : L’encyclique Centesimus Annus de Jean-Paul II (1991) élargit la Doctrine Sociale de l’Eglise en abordant certains thèmes du Développement Durable (CA, n° 33, 35, 37) : « La Terre ayant été donnée par Dieu, l’homme ne doit pas consommer de manière excessive et désordonnée les ressources de la Terre… ».
« Le but de l’entreprise n’est pas uniquement la production du profit, mais l’existence même de l’entreprise comme communauté de personnes qui, de différentes manières, recherchent la satisfaction de leurs besoins fondamentaux et qui constituent un groupe particulier au service de la société tout entière. Le profit est un régulateur dans la vie de l’établissement mais il n’en est pas le seul ; il faut y ajouter la prise en compte d’autres facteurs humains et moraux qui, à long terme, sont au moins aussi essentiels pour la vie de l’entreprise ».
MR : Jean-Paul II a donc été un pourfendeur du capitalisme actionnarial et de la primauté du profit ?
GS : Absolument ! Et il précise : « Cependant, le profit n’est pas le seul indicateur de l’état de l’entreprise. Il peut arriver que les comptes économiques soient satisfaisants et qu’en même temps les hommes qui constituent le patrimoine le plus précieux de l’entreprise soient humiliés et offensés dans leur dignité ». Jusqu’ici rien de surprenant, c’est un pape qui s’exprime. « Non seulement cela est moralement inadmissible, mais cela ne peut pas ne pas entraîner par la suite des conséquences négatives pour l’efficacité économique de l’entreprise ». Le pape se transforme en professeur d’économie !
La place reconnue au marché, à la propriété privée et au profit (indicateur de bon fonctionnement) rapproche l’idéal catholique du capitalisme libéral (et du protestantisme), mais garde ses distances avec l’idéologie ultralibérale. Les excès du libéralisme sont toujours dénoncés et de nombreuses voies sont tracées pour les éviter ou en corriger les effets. C’est dans ces propositions d’amendements que résident les fondements catholiques de la RSE, même si la notion de parties prenantes est absente.
Mais j’imagine que ton pape préféré est François, un pape de gauche.
MR : Un pape de gauche, je ne sais pas, mais un pape sensible aux travailleurs et au travail, certainement. Il aimait citer ce que disait Jésus aux disciples après leur avoir raconté la parabole du jeune homme riche selon l’Evangile de Mathieu : « Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux ». Dans cette lignée, en recevant 5.000 dirigeants d’entreprises de la Confindustria, la confédération générale de l’industrie italienne (équivalent italien du Medef français), en septembre 2022, il définissait les trois conditions que doivent respecter les chefs d’entreprise pour « entrer dans le Royaume des Cieux ». La première consiste à partager, car « la richesse appelle la responsabilité ». La seconde est de « favoriser une intégration constructive », en accueillant dans l’entreprise les plus faibles, les plus démunis et en condamnant l’exploitation dont souffrent de nombreux migrants : « si le migrant est rejeté ou simplement utilisé comme un travailleur sans droits, c’est une grande injustice et cela nuit également au pays ».
GS : Et la troisième condition ?
MR : C’est la plus originale car les papes descendent rarement dans les ateliers et les bureaux. Voici comment il la formulait : « Ne pas oublier l’odeur du travail ». Il explique : « Le bon entrepreneur connaît les travailleurs parce qu’il connaît le travail ». Il enjoint les dirigeants à ne pas oublier « l’odeur du travail, » en cultivant la proximité avec leurs employés. « L’une des graves crises de notre temps est la perte de contact des employeurs avec le travail : en évoluant, les chefs d’entreprise passent leur vie dans les bureaux, les réunions, les voyages, les congrès, et ne fréquentent plus les ateliers et les usines. Ils oublient “l’odeur” du travail ».
François portait une conception très positive du travail, à rebours de la vision doloriste intégrée par beaucoup de catholiques, qui rappellent le « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », en oubliant la face lumineuse du travail proposée par de nombreux autres textes. François l’a dit très souvent : le travail apporte la dignité, cette dignité qui se trouve au cœur de la doctrine sociale de l’Eglise.
GS : Sa fibre écologiste, avec Laudato Si te « parle » tout particulièrement, n’est-ce pas ?
MR : Bien sûr ! L’encyclique « Laudato Si », publiée en 2015, a été décrite comme un manifeste écologique, sans doute du fait de sa désignation comme visant « l’écologie intégrale ». Mais c’est le petit bout de la lorgnette. François ne découpe pas la RSE en fines tranches ! Laudato si était déjà un véritable plaidoyer pour une société à la fois plus humaine et plus écologique. Elle associait déjà la justice sociale à l’impératif environnemental, ce que l’on appelle aujourd’hui « la transition juste ». Une organisation humaine, un leadership contemporain doivent articuler la quête des deux objectifs.
Et ce ne sont pas juste des mots. À la suite de la publication de cette encyclique, près de 380 institutions catholiques ont décidé de cesser tout investissement dans les énergies fossiles.
GS : Je suis loin de partager toutes les orientations de François mais j’avoue que ses idées, d’inspiration très confucéenne, sur la gouvernance me séduisent. Après tout, le pape est le dirigeant de la première multinationale mondiale donc son avis mérite d’être écouté. L’important pour François n’est pas tant la doctrine que la « réforme des personnes en leur intérieur ». Gouverner commence par « se vider de soi-même ». Il ne s’agit pas de succomber à « l’idéologie du changement », mais de discerner les temps et les moments d’un évidement de soi pour mieux affirmer la mission de la communauté.
MR : Comment se matérialise cette empreinte du temps ?
GS : La tension inévitable entre désordre et harmonie rend toute planification hasardeuse et ne s’accommode pas d’idées préconçues. Un principe lui est cher : « le temps est supérieur à l’espace ». Aussi gouverner ne consiste pas à gagner des espaces de pouvoir mais à continuer à marcher sans carte préétablie, en respectant la longueur de temps nécessaire pour que les visions intérieures s’insèrent dans l’histoire en dialogue avec la réalité et non en s’imposant.
MR : On retrouve ici le respect du long terme et des parties prenantes, chers à la RSE…
GS : Oui et ce sont d’ailleurs des préceptes tout à fait opérants, à mon sens, pour élaborer la raison d’être d’une entreprise. Cette raison d’être redéfinirait en retour les caractéristiques d’une gouvernance « spirituelle » combinant des rythmes parfois rapides et fulgurants, parfois extrêmement lents. François a cette phrase étonnante : « il n’est jamais dit qu’un problème doive être résolu immédiatement ». Il prône une dynamique constante de discernement qui voit les choses dans leurs nuances et leur gradualité. Autre idée chère au pape, les grands projets de réforme peuvent se réaliser par des petits pas et des rencontres, notamment avec ceux qui sont en situation de besoin. Dès lors, croire qu’il lui appartiendrait de sauver l’Église lui apparaît comme une « tentation », la marque d’une idéologie de droite ou de gauche qui voudrait le faire penser avec des solutions toutes faites. Une mise en garde salutaire pour beaucoup de dirigeants qui ont vécu cette tentation démiurgique d’être les seuls à pouvoir sauver leurs entreprises.
MR : Cette cohésion du corps social est importante pour François. Dans son homélie du 1er mai 2020, il célébrait « cette conscience de tant de bons entrepreneurs, qui protègent les travailleurs comme si c’était leurs enfants ». Et il faut rappeler aussi son l’encyclique « Fratelli tutti » (tous frères), sur la fraternité humaine et l’amitié sociale (octobre 2020). C’est un texte très critique sur les dérives du capitalisme financiarisé mais c’est aussi une sorte de cri d’espoir pour ceux qui veulent encore « aspirer à une planète qui assure terre, toit et travail à tous ».
Il met l’accent sur un besoin de « fraternité sociale », de « fraternité universelle » entre les hommes et insiste sur l’importance du bien commun pour faire société et sur le fait que les plus forts ont pour responsabilité d’aider les plus faibles. « En période de crise, le choix devient pressant. Il y a deux types de personnes : celles qui prennent en charge la douleur et celles qui passent outre ». Cela s’impose aussi aux entreprises.
GS : François s’intéressait beaucoup au polyèdre, cette figure géométrique qui illustrait son souhait de penser à la fois l’unité du monde et la diversité des identités. Je me demande quelle figure inspire Léon XIV ? Le choix de son patronyme pontifical témoigne d’une volonté de s’inscrire dans la lignée des Léon, de Léon le Grand à Léon XIII. Le premier, grand théologien de l’Antiquité, a combattu Attila et les Huns et imposé la primauté romaine, promu le social tout en prohibant le divorce, reconnu le biblisme tout en rénovant le thomisme. Le second est le pape de l’encyclique Rerum novarum, texte qui, on l’a vu, a établi la doctrine sociale de l’Église, à laquelle se réfèrent tous les papes jusqu’à aujourd’hui.
Léon XIII était le pape de la révolution industrielle. Léon XIV, nord-américain de naissance, avec une triple formation de mathématicien, de juriste et de théologien, sera celui de la révolution numérique dont il a pris toute la mesure, déclarant qu’elle pose « de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail ». Ce pape est contemporain d’une société nouvelle où la consommation a imposé ses codes, où l’athéisme et la sécularisation progressent « où la foi chrétienne est considérée comme absurde, réservée aux personnes faibles et peu intelligentes ; où l’on préfère d’autres certitudes, comme la technologie, l’argent, le succès, le pouvoir, le plaisir ». Lui aussi veut évangéliser des « choses nouvelles » (rerum norarum en latin).
MR : Dans la lignée de François, Léon XIV rejette la vision de l’Homme dominant la nature. « La domination sur la nature déléguée par Dieu à l’homme ne doit pas être tyrannique, explique-t-il, car l’homme est un administrateur qui doit rendre compte de son travail dans une relation de réciprocité avec l’environnement. Par conséquent, notre mission est de le traiter comme le fait son créateur ». Léon XIV est aussi un Augustin. Chez les Augustins, le supérieur ne gouverne pas seul, beaucoup de décisions doivent être prises avec l’accord ou l’avis du conseil. Ce processus d’écoute et de discernement lui sera bien utile s’il veut tourner la page d’un mode de gouvernance pratiquée par son prédécesseur, critiquée comme verticale, et s’il veut être, comme il l’aspire manifestement, le passeur d’un monde à l’autre.
GS : « Le mal ne l’emportera pas », a-t-il lancé au monde sur la loggia de la basilique Saint-Pierre. On croirait entendre Maître Yoda galvanisant les Jedis face à l’Empire. Reste à définir ce qu’est le mal, qui sont les Jedis et qui est l’Empire.
Auteurs
Martin Richer est un indécrottable social-démocrate agnostique, qui reconnaît être influencé par le catholicisme. Il est consultant, conférencier et enseignant en RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). Il a fondé et dirige le cabinet Management & RSE, spécialisé dans l’intégration de la RSE et du développement durable dans la stratégie des entreprises, leur gouvernance et leur management. Il est responsable du pôle « Entreprises, Travail, Emploi » de la Fondation Terra Nova, formateur sur la RSE au sein de l’IAE de Paris (Paris 1 Sorbonne) et membre de l’IFA (Institut français des administrateurs). Il est l’auteur d’un article intitulé « Le pape François : la RSE au cœur du Vatican » disponible sur son blog.
Gérard Schoun, après avoir longtemps résidé dans le camp du bien, et s’être inspiré de Hans Jonas, Michel Foucault ou Jacques Derrida, fait désormais pénitence pour gagner son salut intellectuel dans ce monde ou au-delà. Les mauvaises langues le situent dans un triangle des Bermudes idéologique entre Albert Camus, Jean-Claude Michéa et René Girard. Il a fondé et cofondé plusieurs sociétés dans le domaine du conseil, de la labellisation et de l’audit RSE. Un dirigeant du Medef l’a qualifié de “pape de la RSE”. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Diriger Après Vivre Avec…la loi Pacte, la révolution numérique, le réchauffement climatique, l’effondrement de la biodiversité, le Coronavirus en novembre 2020 et Conter et compter…raison d’être et mesure d’impact, le sens au cœur de la gouvernance en octobre 2023. Page Linkedin.
Pour aller plus loin :
Téléchargez cet article sous forme d’un document PDF (11 pages).
Nous remercions l’association Ethique & Investissement, qui a publié sur son site, une version préliminaire de ce « regards croisés » dans sa rubrique « Points de vue » que vous pouvez consulter ici.
Ce que vous venez de lire vous a plu, interpellé, irrité, inspiré ? N’oubliez pas de vous inscrire (gratuitement) à la newsletter de Management & RSE pour recevoir automatiquement les prochains articles de ce blog dès leur publication. Pour cela, il vous suffit d’indiquer votre adresse E-mail dans le bloc « Abonnez-vous à la newsletter » sur la droite de cet écran et de valider. Vous recevrez un courriel de confirmation. A bientôt !


